SFXTrème : Et délivre-nous des riclotidiens !


Prelude
Il y avait d’abord eu la guerre.
C’étaient eux qui l’avaient déclarée, en débarquant en plein Manhattan et en faisant table rase avant d’y poser une sphère d’un kilomètre de diamètre protégée par un champ de force infranchissable pour les rayons lasers, les missiles, les balles, les grenades, les avions kamikazes et même pour les fouisseurs, de drôles de gros engins, sorte de sous-terrains, creusant devant et rejetant les déblais derrière au moyen d’une vrille sans centrale sans fin, vibrante, et dont l’extrémité se compose du diamant le plus dur.
Alors que les combats meurtriers sur Terre dévoraient terriens et envahisseurs dans les mêmes flammes, la Lune fut colonisée sans résistance.
Le combat cessa, faute de vaisseaux de combat envahisseurs pour bombarder les villes et d’impossibilité pour les terriens de pouvoir renvoyer la sphère dans l’espace. La diplomatie reprit donc ses droits. La guerre faillit reprendre quand on découvrit l’aspect des Riclotidiens, tellement leur apparence sembla affreuse à la race terrestre. Nul n’aurait pu imaginer une telle addition d’horreurs : une tête de poulpe, avec de grands yeux globuleux, un nez quasi absent, des lèvres gélatineuses autour d’une bouche molle et sans dents, pas de cou, quatre courts tentacules de préhension se divisant en doigts à ventouses aux extrémités, un torse sphérique, et quatre autres tentacules spécialisés pour la marche.
Ceux-ci surent tout de même trouver les mots pour convaincre les terriens que la paix serait bien plus profitable pour tous. Ils connaissaient plusieurs moyens d’obtenir des énergies renouvelables non polluantes, des procédés de décontamination radiologique, des techniques de dépollution aérienne, maritime et terrestre, des molécules dont la médecine humaine avait besoin pour se guérir définitivement du cancer, des ravages de la senescence, et des virus comme des microbes.
Pour l’agriculture, ils avaient des espèces de plantes inédites qui résoudraient tous les problèmes de famine… Finalement, les deux races cohabitèrent rapidement.
22 avril 2016
— Dégage Salope !

Elles sont partout. Ces putes riclotidiennes tiennent le haut du pavé de tous les coins chauds de la planète. D’ailleurs, la concurrence féminine humaine n’existe plus. Avec ces prostituées extra-terrestres, il n’y a aucun risque de maladie, ni de reproduction, par simple incompatibilité, grâce à leur système immunitaire qui se débarrasse en quelques minutes des divers dépôts humains post coïtaux. Moi, je sais que je ne pourrais jamais. Ce serait comme enfiler une méduse, le piquant en moins. Mais ceux qui ont testé en redemandent. Depuis l’égalité des droits, les mariages mixtes, même s’ils doivent demeurer stériles de fait, sont autorisés par la loi. Les opposants à ce projet de loi ont dû céder, car ils enfreignaient les lois anti-xénophobie mises en place après la guerre partout dans le monde.
Elle repart donc vers une autre bagnole, balançant son torse au bout de ses quatre tentacules, comme s’il n’était qu’une grosse fesse.
J’ai oublié de signaler qu’elles diffèrent du mâle sur plusieurs points. D’abord, elles sont plus petites. Ensuite, elles ont huit seins en deux rangées autour du torse. Enfin, au centre de leurs quatre tentacules de marche, elles ont un orifice là où les mâles ont un « tube » (en effet, durant l’érection, ce membre se durcit mais s’allonge vers le bas. On imagine donc un couple de Riclotidiens se reproduire, avec les têtes à l’extérieur, les deux sphères de leur torse « jointives », et en se tirant les tentacules en cadence. Mais on n’a pas osé leur poser la question même si des animations sans équivoque circulent illégalement sur internet.
Tout ce qu’on sait, on le suppute sur l’observation « discrète » in vivo. Un enfant riclotidien est la réplique miniature exacte d’un adulte et les seins des femelles n’apparaissent qu’au bout de huit ans environ, ce qui implique une maturité sexuelle atteinte deux fois plus rapidement que chez l’homme. Sans compter que s’il y a huit rejetons pour tirer sur chacune des mamelles… il va falloir songer à une régulation des naissances.
On encourage donc cette régulation par la suppression des allocations familiales pour tous, Humains comme Riclotidiens, toujours au nom de l’égalité des droits…
…ce qui ne freine pas trop la prolifération des Riclotidiens car la
nourriture et l’énergie sont à très bas prix, et que mâles comme femelles ne se promènent qu’en pagne serré à la jonction des quatre tentacules de marche et du torse. Cela dissimule le sexe du Riclotidien sans le gêner dans ses mouvements de marche. De grands couturiers parisiens, avec quelques modèles, ont bien testé des pantalons spéciaux, mais la mode n’a pas pris. Ils se sont donc rattrapés sur les bustiers des femelles, et de vaporeuses et bouffantes culottes glissées sous le pagne.
Avec les copains, nous avons bien bu ce soir. Affalés dans les banquettes du piano bar, nous avons été rejoints par des entraîneuses riclotidiennes bien poulpeuses.
Je n’ai pas voulu paraître xénophobe devant eux et je n’ai pas repoussé Alice, enfin, c’est comme ça qu’elle a prétendu s’appeler. Nous avons encore bu longtemps, enivrés aussi par la musique comme par la douceur des caresses de nos hôtesses.
Leur contact est chaud et soyeux, et non froid et gluant comme je l’imaginai. Leurs ventouses sont un peu humides, comme une crème qui pénètre notre peau et qui font glisser leurs membres durant les caresses. Leurs baisers sont chauds, mais si elles n’ont pas de langue, leurs muqueuses internes pallient le manque et leur haleine est à la fois chaude, rafraîchissante, et à goût de vanille. Leurs tentacules sont de petits bras qui savent nous enserrer avec tendresse tout en s’immisçant mystérieusement sous nos chemises et nos caleçons. Leurs membres inférieurs nous frottent les jambes avec malice, parfois les enserrant comme des lierres affectueux…
Je comprends mieux les amateurs qui lorsque ils ferment les yeux se laissent ainsi choyer sans être rebutés par leur aspect, auquel ma foi on s’habitue. À l’heure de la fermeture, alors que nous partons, bras dessus, tentacules dessous (pour soutenir notre marche hasardeuse entre autre), je tente de me débarrasser de la prostituée car les copains se sont enfin éloignés avec la leur. De ses grands yeux à faux cils perlent quelques larmes culpabilisantes. Je sens sa voix télépathique se briser de déception. Oui, j’avais oublié de vous dire qu’avec leur physique, les riclotidiens ne peuvent émettre que des sons de succion, ce dont ils s’abstiennent, car ils ont compris que cela nous indisposait à leur égard.

— Je vais te faire découvrir les mille et un délices d’Alice, insiste-t-elle, et puis tu n’es pas en état de conduire.
C’est vrai que je ne le suis pas. Et la sanction est exemplaire : confiscation du véhicule, retenue de trois mois de salaire durant le travail dans les fermes hydroponiques pénitentiaires, incarcération durant les six mois de retrait de permis et de citoyenneté. Enfin, libération avec le pécule de trois mois, seule ressource avant de retrouver un emploi, et dont la disparition avant une providentielle embauche renvoie immédiatement pour trois mois en captivité pour cause d’oisiveté.
Elle me ramène donc à sa piaule.
Le mobilier est réduit au strict minimum. Le lit est inclus dans le sol. Elle m’entraîne sous la douche, et me savonne consciencieusement avec ses quatre mains. Puis, elle me rince, m’essuie. Je ferme les yeux. Je sens l’érection qu’elle a su provoquer avec ses soins attentionnés. Je sens sa bouche la faire disparaître en elle. Je sens son souffle, sa salive, ses joues et je ne peux me dégager, maintenu contre elle par ses tentacules supérieurs, et avec ses deux tentacules inférieurs antérieurs autours de mes chevilles, mollets, genoux.. Mes derniers îlots de résistance se perdent en elle…
30 novembre 2034
Cela n’avait été que l’entrée en matière.
Ensuite, et je ne rentrerai pas trop dans les détails, ce fut une félicité permanente. Qu’importe ma position sur le lit, il me semblait qu’elle était partout.
Je me souviens avoir goûté à ses seins mielleux qui firent jaillir dans ma bouche une douce liqueur. À la faveur d’un long baiser langoureux, je manquai m’étrangler avec une de ses régurgitations, une pâte semi-liquide, qui emplit ma bouche à l’improviste, puis m’inonda le bas du visage, coula sur mon cou. Je l’avalai d’abord prudemment, puis goulûment, appréciant son goût de flan à la vanille. Je me souviens du moment où je sentis son doigt, non, la pointe d’un tentacule, caresser mon périnée avant de se perdre dans mes profondeurs insoupçonnées. Je voulus me défendre, instinctivement, mais j’avais les jambes et les bras fermement maintenus, sans pour autant être trop serrés, j’étais en elle, en proie à un massage intime en règle sur toute ma longueur comme à mille baisers joueurs à mon extrémité, titillée par de nombreux picots agiles et promeneurs.
Un dernier tentacule m’avait un peu fessé, donc un peu chauffé et sensibilisé. Cette invasion était somme toute un complément, comme ce sein qui était dans ma bouche, comme cette tête qui semblait avoir quitté le pôle nord pour rejoindre l’équateur de son torse, entre deux seins maintenant excentrés, pour m’embrasser dans le cou, sur le visage, et même me souffler dans les oreilles tandis que la voix télépathique emplissait mon âme de gentillesses susurrées par la plus ardente des maîtresses.
Je hurlai donc un orgasme total, en longs épanchements gutturaux, tendu comme un arc, sautillant comme un ver, étendu sur le dos, avec les jambes maintenues en l’air par les chevilles et les bras en croix plaqués par de non moins suggestifs tentacules.
Mais aujourd’hui, je l’ai tuée. Quand j’ai su. Quand le monde a su.
Nous l’avons appris par le docteur A. Nox, qui a reconstitué le mode de reproduction des riclotidiens grâce à des cadavres subtilisés à leurs semblables sur les lieux d’un accident d’avion.
Tout d’abord, ce que nous prenions pour une bouche n’en est pas seulement une. C’est une bouche, un trou du cul et un sexe. Voilà pourquoi leur système immunitaire est si performant.
Deuxième surprise. Ce qui ressemble à des seins, ce sont des gonades sexuelles chargées de liquide séminal et de spermatozoïdes.
Les putes riclotidiennes sont donc de sexe masculin selon nos « concepts ».
La vraie femelle plaque donc sa bouche sur les gonades, aspire et ainsi fertilise ses œufs. Elle les « couve » quelques jours, mais dès que l’embryon risque de briser la membrane souple de l’œuf, elle fait passer ceux-ci par son oviducte (ce fameux tube entre les tentacules inférieurs) pour les implanter dans la poche sous-ventrale du mâle. Quand les fœtus, déjà munis de tentacules, atteignent la taille de quatre centimètres, le mâle les rejette dans l’eau salée, où ils y resteront, comme des animaux, jusqu’à la taille de cinquante centimètres, taille pour laquelle nous avons cru voir des enfants alors qu’il s’agissait de jeunes aptes à recevoir un enseignement et qui étaient devenus amphibie.
Après vérification au large, nous avons découvert que des milliards de riclotidiens, entre quatre et cinquante centimètres, infestent nos océans.
Dans le même temps, les humaines célibataires sont devenues légion, les hommes étant en majorité unis à des riclotidiennes, ce qui a entraîné un plongeon de notre natalité en moins de vingt ans.. Nous allons finir noyés par le nombre. Seule une autre intervention céleste peut encore nous sauver.


Publié le 9 octobre 2014

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L'auteur

Fredleborgne

Âge : 54 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Niort (79) , France
Profession : Retraité
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