Nous sommes tous des dégueulasses


Dernièrement, un girafon de dix-huit mois a été lâchement assassiné, pour cause de patrimoine génétique commun. Sa dépouille a été exposée en public. Son cadavre a été mutilé. Il a ensuite été dépecé, découpé et jeté aux fauves.
Vous trouvez ça barbare, vous, ceux qui ont condamné Farid de la Morlette a un an de prison pour avoir jeté un chaton contre un mur et l’avoir blessé ?
Et pourtant, chaque jour, vous permettez encore pire !
Je pourrais vous parler de toutes les atrocités dont vous êtes complices en soutenant ou en ignorant volontairement la gestion des guerres et de la misère dans le monde par la « real politic » des dirigeants capitalistes et de leurs alliés sanguinaires dans les « zones grises » où il vaut mieux ne pas mettre les pieds. Mais finalement, ce ne sont que des hommes (femmes, enfants, vieux, handicapés…) qui crèvent de violences, de faim ou de maladie dans la plus grande indifférence. Des dégueulasses, eux-aussi, comme vous, comme nous, qu’il n’y a pas à regretter donc.
Je pourrais vous parler de ces taureaux qu’on assassine en public lors de jeux sordides dits traditionnels, mais finalement, ce sont des brutes et leur nombre est restreint. En plus, je suis persuadé qu’ils puent et qu’ils sont vraiment très cons comme animaux, ni sauvages, ni domestiques, ni utiles, ni beaux. J’en voudrais ni dans mon salon, même en canapé, ni dans mon jardin…
Je pourrais vous parler de ces veaux, condamnés dès la naissance, car leur fonction n’a été que de prolonger la fonction laitière de leur génitrice industrielle. La plupart sont abattus et envoyés direct à l’équarrissage, s’ils ne sont pas, comme en Australie, seulement abandonnés et condamnés à la mort par inanition. Mais, ce serait reconnaître que même ce lait si blanc pour des fromages si doux peut avoir le goût du sang.
Je pourrais vous parler de ces porcs, dont on arrache les crocs à la naissance, et qui ne vivront que six mois, en camp de concentration, sur du béton. Mais voilà, c’est si bon de payer même pas deux euros au kilo au « producteur » avant de le vendre en grande surface tout découpé, jusqu’aux oreilles et la queue, ou de confectionner des saucissons, de la chair à saucisses, des jambons. Rien ne se perd puisque les os, la peau, les tendons permettront de réaliser de délicieuses confiseries pour nos enfants (gélatine de porc).
Je pourrais vous parler de ces volailles, survivantes d’une sélection sexiste des poussins, loin d’être gavées comme quelques « malheureuses », dont on a légèrement repoussé les grilles, qui pondent à la chaîne grâce aux éclairages artificiels avant d’être massacrées en masse en pleine jeunesse pour être elles-aussi exploitées jusqu’au trognon. Elles auront consommé de la farine de poisson. Une partie d’elles finira en farine pour poissons. Mais je suis allergique à la plume.
Et puis, il faut bien se nourrir, et comment payer le vrai prix pour manger quand on n’est pas payé le vrai prix pour son travail ? Quant à la méthode d’abattage, quel intérêt puisque le résultat est le même et qu’il faut bien manger pour vivre.
Je pourrais vous parler de ce pauvre gibier qu’un reliquat de viandards s’obstinent à chasser au nom de privilèges acquis après la révolution, et qui exhibent leurs trophées avec la même bêtise qu’un maharadja ou un roi d’Espagne de retour d’un safari. Mais il s’attaque à nos champs de blés, il nous met en péril sur la route en traversant n’importe où, et nos bois ne sont pas si sûrs, il paraît que le loup revient. En Afrique, en Inde, il y a encore des morts à cause des fauves, des éléphants fous, des serpents… les animaux sauvages sont des fléaux.
Sauf peut-être ces malheureux manchots pris dans des dégazages, ces tortues qui crèvent de nos plastiques flottants mais ma bonne dame, l’écologie, ça coûte cher aux entreprises et les caisses des états sont vides alors comment payer les traqueurs d’infractions quand on ne veut pas toucher aux intérêts des puissants commanditaires ? Mais nous recyclons quand même de plus en plus…
Je pourrais vous parler de ces chiens et chats galeux qui hantent nos villes, mais c’est la faute à ces irresponsables d’humains qui ne stérilisent pas leurs animaux de compagnie. Leur euthanasie (condamnés par leur misère et leurs gènes comme s’il s’agissait d’une longue maladie incurable et douloureuse) permet l’exploitation de ces chiens et chats si beaux, dits « de race » alors qu’ils descendent tous d’un ancêtre commun bien moins taré qu’eux. Et puis, moi aussi, j’ai un chat qui se prélasse chez moi, inutile et qui me regarde tous les jours avec dédain quand je dois partir bosser. Alors, non aux parasites…
Je pourrais vous parler de cette Terre qui crève d’avoir un jour donné naissance à un animal prétendument intelligent, soi-disant sociable, libre et entreprenant, en fait individualiste, libéral et exploiteur/destructeur. Mais c’est une goutte de feu, recouverte d’une pellicule de boue, condamnée à se faire dévorer par une petite étoile insignifiante un jour ou l’autre.
Alors, je vais vous parler juste un peu de ces canards qui à cause de cet hiver trop pluvieux, à cause des inondations, mais vraiment pas de notre faute, n’arrivent pas à se nourrir et crèvent de faim sur nos étangs. Ils risquent fort d’être bien moins nombreux cet été à attendre nos gosses.
Et ça, ce serait trop triste, même pour des dégueulasses, n’est-ce-pas ?
Allez, il doit bien rester quelques croûtons au fond de la huche à pains, et si on peut faire quelque chose de bien sans trop d’efforts, entre deux averses.
Allez, un premier pas, pour être moins dégueulasse…


Publié le 7 octobre 2014

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L'auteur

Fredleborgne

Âge : 56 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Niort (79) , France
Profession : Retraité
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