La princesse et ses prétendants


Il était une fois une princesse qui rêvait du grand amour. Le roi son père annonça donc publiquement dans le royaume que sa fille accorderait sa main à l’homme qu’elle estimerait capable de la rendre heureuse. Les épreuves devaient avoir lieu dans la salle du trône que les fées, marraines de la jeune femme, avaient parsemé de poussière de vérité, afin que les hommes questionnés ne puissent pas mentir. Les prétendants affluèrent de toutes parts et se pressèrent aux portes du château. Le premier à être reçu par la princesse était le Prince Borné. Nanti d’un physique à la douzaine, l’air un peu coincé mais gentil, la princesse le trouva sympathique. Elle lui posa la question :
« Prince, si je vous donnais mon cœur, qu’en feriez-vous ?
« Je serais le plus heureux des hommes. Je vous aimerai pour l’éternité, et je ferai tout pour vous. Je vous offrirai ma bourse, mon cœur, mon temps, ma vie. Jamais je ne regarderai une autre femme que vous. En toutes choses, vous pourriez compter sur moi. Mais en contrepartie, je serai toujours à chercher la petite bête, je vous rebattrai sans cesse les oreilles avec votre famille. Je serai sans cesse aux aguets pour trouver le moindre prétexte à faire des esclandres, car je suis frustré et j’ai besoin de gueuler et d’ennuyer les autres pour me prouver que je suis quelqu’un. Vous subirez mon laxisme, mon absence de jugement, et mon caractère exécrable. Et si un jour vous ne voulez plus de moi, jamais je ne l’accepterai ! Je vous menacerai de 100 façons et vous empoisonnerai la vie. Si nous avons eu des enfants, je me complairai à leurs yeux dans le role de la victime. Je ne bougerai pas le petit doigt pour m’en sortir, et je vous en tiendrai pour responsable aux yeux de tous. Je serai votre croix. »
La princesse hocha la tête, le pria de sortir et fit entrer le second prétendant, le prince Menteur. Celui-là avait un physique éblouissant, un visage et un corps à faire tourner la tête à n’importe quelle femme. La princesse le trouva magnifiquement beau.
« Prince, si je vous donnais mon cœur, qu’en feriez-vous » lui dit-elle.
« Je le prendrai, car c’est vous que j’aime et vous êtes la femme de ma vie. Je vous offrirai des roses très souvent, je vous couvrirai de bagues, de colliers, et autres bijoux. Je vous inonderai de mots d’amour, de déclarations, de compliments. Je vous ferai l’amour toute les nuits, je vous emmenerai au restaurant, je vous gâterai. Mais en contrepartie, il faudra que vous remplaciez ma mère. Lorsque je rentrerai le soir, je ne veux pas avoir à lever le petit doigt. Vous devrez avoir préparé mon repas, me servir, veiller à mon bien-être, au détriment de vos propres besoins ou de votre propre fatigue. Je veux que vous soyiez ma chose, que vous ne sortiez plus, ne voyiez plus personne, bref, que vous n’ayez plus de vie en dehors de moi. Je veux avoir main mise sur vous dans tous les domaines. Je vous ferai des scènes de jalousie épouvantable, mais de mon côté, je ne me gênerai pas pour entretenir la séduction avec d’autres femmes que vous. Je vous mentirai, vous manipulerez, et si un jour vous me quittez, je vous harcèlerai de cent façons jusqu’à ce que de guerre lasse, je laisse tomber et que je m’en trouve une autre avec laquelle je recommencerai le même scénario. »
La princesse hocha la tête avec regret, le pria de sortir et fit entrer le 3ème prétendant, le prince Radin. Il était nanti d’un physique charmant accompagné en plus d’une certaine maturité. La princesse fut grandement séduite par son charme indéniable, ses yeux brillants, son air posé et sa conversation.
« Prince, si je vous donnais mon cœur, qu’en feriez-vous ? »
« Je le prendrai et vous donnerai mon amour en échange. Je serai sincère, je vous aimerai et je vous serai fidèle. Vous pourrez compter sur moi. J’aimerai qu’ensemble, nous construisions quelque chose de sérieux et de durable. Je vous aiderai dans vos tâches, je serai aux petits soins pour vous. . Je ne serai pas un fardeau pour vous, car je suis autonome en toute chose. Sachez que je vous serai dévoué, et que je serai toujours prêt à vous rendre service. Mais en contrepartie, il ne faudra pas non plus que vous soyez un fardeau pour moi. Vous devrez rester belle et mince, et ne pas m’envahir avec vos soucis personnels et vos états d’âmes. De plus, il ne faut pas que notre amour me coûte un seul denier, car je n’ai guère de pièces d’or, et celles que j’ai, je préfère les garder. Donc, vous pourrez me demander tout ce que vous voudrez, mais à condition que cela soit gratuit. Si nous vivons ensemble, il faudra prendre en compte le fait que vous mangez plus que moi et vous chauffez plus que moi. Par contre si vous tenez à sortir et que vous êtes prête à payer, je ne demanderai pas mieux que de vous accompagner. Et sachez que si un jour vous me quittez, je ne vous ennuierai pas. Je me ferai une raison, je passerai à autre chose et vous n’entendrez plus jamais parler de moi. »
Une fois le 3ème prétendant sorti, la princesse, dépitée, alla trouver son père.
« Père, je ne sais que faire. Ils ont tous des qualités exceptionnelles et des défauts inacceptables. »
« Allons voir le sage de la montagne » dit le Roi
Arrivés en haut de la montagne, la princesse se jeta à genoux et raconta ses entrevues avec les 3 princes
« Vieux Sage, je ne sais que faire. N’est-il pas possible d’obtenir un prétendant qui ait les qualités de ces trois-là réunis, mais sans leurs horribles défauts ? »
« Princesse, » dit le sage. « La perfection n’existe pas. Toi-même tu n’es pas parfaite, n’est-ce pas ? Tu as des défauts qui peuvent aussi paraître horribles à quelqu’un d’autre. Alors réfléchis, et choisis la meilleure solution pour toi.
La princesse admit qu’il avait raison. Elle réfléchit longtemps, elle réfléchit aux concessions qu’elle était prête à faire, elle réfléchit à ce qu’elle ne pouvait accepter. Durant la nuit, le Vieux de la montagne étendit sur elle sa sagesse.
La conclusion en fut que le lendemain matin, en s’éveillant, la princesse dit au Roi d’arrêter les épreuves car elle préférait rester seule !


Publié le 9 octobre 2014

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L'auteur

Christelle Goffinet-Maurin

Âge : 47 ans
Situation : Union libre
Localisation : Meyreuil (13) , France
Profession : Coordinatrice maritime
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