La Lumière : Comment je me suis fait voler la fin du monde (opus 3)


 J’avais laissé vingt minutes aux humains pour apprécier une dernière fois d’avoir été vivants, bien comprendre ce qu’ils allaient perdre une fois pour toutes.
 Mon plan était simple : la Lune devait se rapprocher de la Terre sans la toucher. Elle la frôlerait de si près que les mers monteraient à sa rencontre et la suivraient dans sa trajectoire. Une vague de deux-cents kilomètres de haut nettoierait mieux qu’un karcher toute cette saleté d’humanité. Derrière elle, la surface terrestre ne manquerait pas de se soulever, de se craqueler, de donner naissance à de gigantesques volcans, des fleuves de laves qui recouvriraient les dernières traces de leurs hideuses réalisations, en particulier ces tours (J’ai toujours détesté les tours) et écraseraient les bunkers souterrains.
 La faune et la flore allaient souffrir, mais les vents et les pluies dissiperaient rapidement les nuages de poussières. Un taux élevé de CO2 aiderait les herbes à repousser, herbes jaillies des nombreuses graines microscopiques présentes dans l’atmosphère et les glaces.
 Dans les profondeurs marines, de nombreuses espèces primitives survivraient et peupleraient en quelques siècles l’ensemble des océans, puis des côtes, et enfin les nouveaux continents.
 Quelques tours autour de la terre donc, comme un grand coup de pinceau sur un vieux tableau pour peindre une nouvelle œuvre.
 Un truc à économiser quand même trois milliards d’années d’évolution.
 Ensuite, Je remettrai la Lune à sa place et basta.
 À la seizième minute, alors que Je ralentissais la lune pour qu’elle amorce sa descente, Je vis s’élever les premiers champignons atomiques sur l’Inde, puis sur le Pakistan.
Quinze secondes plus tard, c’était la Chine et le Japon, puis l’ex Union Soviétique, l’Europe et les États-Unis. Ceux-ci avaient déjà envoyé des missiles sur la Libye, l’Iran, l’Irak et la Syrie qui arrivèrent vingt secondes plus tard. Dans la confusion atmosphérique due aux premières explosions, quelques fusées balistiques américaines furent déviées et tombèrent sur Israël et l’Arabie Saoudite. Encore trente secondes, et une deuxième vague partie des trois grandes puissances nucléaires (USA, Chine et Russie) atteignit toutes les capitales : certainement un tir automatique quand l’ennemi n’était pas identifié. Cette deuxième vague bien plus puissante ébranla l’écorce terrestre tout en freinant brutalement sa rotation. Les grandes plaques tectoniques se collisionnèrent, se chevauchèrent, se subductionnèrent, faillirent, défaillirent, s’enfoncèrent définitivement, se détachèrent et la Terre se brisa, s’étira, se sépara en plusieurs miettes et quelques grosses gouttes de lave tandis que l’atmosphère s’échappa dans l’espace. La Terre dans l’espace ressembla alors à un œuf brouillé brûlé par endroits.
 La lune passa du statut de satellite à celui de planète à anneaux : les restes de glace, de scories et de petits satellites que la Terre était devenue. Heureusement, la masse Terre-Lune était préservée et le reste du système solaire ne serait pas affecté.
Tout était fichu. Il me faudrait récupérer de la matière sur les satellites de Jupiter pour tenter de revaloriser Mars, déjà objet de ma colère, quatre-vingt-dix-sept millions d’années plus tôt.
Mais au point de vue faune et flore, il y avait vraiment tout à recréer. Il n’y a bien que des imbéciles pour croire qu’il suffit de six jours de travail pour une création complète. On a beau être omnipotent et avoir l’éternité devant soi, c’est rageant de perdre du temps et de l’énergie pour des stupidités.
 Voilà comment, prévenus de la fin du monde vingt minutes avant, les humains avaient réussi à s’autodétruire en dix-huit minutes seulement.
 Mais un malheur n’arrive jamais seul. Ce fut Pierre qui me contacta pour me prévenir.
« Patron, ils viennent d’arriver. Sept milliards d’un coup. On n’arrivera jamais à les faire entrer dans la Lumière *. Après ce coup-là, il n’y en a plus un qui nous fait confiance.
— Nom de Moi-même, ils n’ont pas encore fini de m’emm...! »


Publié le 9 octobre 2014

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L'auteur

Fredleborgne

Âge : 56 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Niort (79) , France
Profession : Retraité
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