Grain d’ivresse


Sous le soleil d’été, les fruits charnus et ronds
S’épanouissent au fil de la belle saison
Et pareils à la bouche d’une femme amoureuse
Gonflent les grains bleutés à la chair savoureuse

Ah, quelle volupté dans les grappes odorantes
Presque à maturité mais encore indolentes
Attendant patiemment qu’enfin le vendangeur
Se penche au milieu d’elles et goûte leur douceur

Puis d’un geste précis, plein de délicatesse
A la fois sensuel et empreint de tendresse
L’homme tendra la main vers le fruit de l’ivresse
Afin d’en récolter la suave promesse

Quand il la cueillera, la grappe au goût si fin
Lorsque ses doigts tremblants effleureront les grains
Un frisson délicieux viendra l’envelopper
Comme s’il caressait la peau de son aimée

Ô doux fruit de la vigne, ô grappe sensuelle
Le vigneron te cueille et toi tu l’ensorcelles
Ses mains te guideront entre vigne et pressoir
De l’état de fruit mûr à celui de nectar

Comme une jolie femme, enfantée par l’amour
Qui souffre quand le temps vient de donner le jour
Tes grains seront broyés, déchirés, et meurtris
Mais combien sublimée tu retrouveras vie

Fruit de la volupté, issu des vertes vignes
Tu as changé de corps, d’apparence et d’appâts
Mais nul besoin qu’alors, le Créateur s’indigne
Car dans le doux nectar, il te reconnaîtra
C’est paré d’une robe pourpre ou bien rosée
Que tes admirateurs pourront te désirer
A travers le cristal d’un verre transparent
Tu feras onduler tes reflets chatoyants

Quelle sublimation dans la métamorphose
Entre fruit et nectar, quelle divine osmose
Ce vin tantôt moelleux, parfois âpre ou bien doux
Captive le palais et enchante le goût

Semblable à un rubis brillant de mille feux
Fleurant tant de subtils et délicats arômes
Il conserve à jamais l’empreinte des grains bleus
Qui surent l’enfanter grâce à la main de l’homme

Oui, l’homme ayant cueilli ce fruit porteur d’ivresse
Penché près de la vigne et travaillant sans cesse
Il savoure à présent le fruit de son labeur
Le vin, divin nectar, lui réchauffe le cœur

A travers son parfum, il retrouve les champs
Les ceps chargés de fruits, les arbres verdoyants
Et sa robe pourprée lui rappelle encore
La rose du jardin venant juste d’éclore

De tous temps, de tous siècles on célébrait le vin
Le vin, ce patrimoine à la suave douceur
Il coulait des amphores aux orgies des Romains
Les Rois l’ont savouré du haut de leur grandeur

Alors rendons-lui grâce au travers de ces mots
Qui ne sauraient pourtant égaler sa richesse
Ô vin, hymne à la vie ou invite au repos
Dans le cœur de la vigne est née ta douce ivresse


Publié le 9 octobre 2014

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L'auteur

Christelle Goffinet-Maurin

Âge : 47 ans
Situation : Union libre
Localisation : Meyreuil (13) , France
Profession : Coordinatrice maritime
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