Extrait de "Love me et personne d’autre"


Voilà, je l’ai donc à nouveau quitté il y a 3 jours. Je n’ai pas eu la force de le faire le 1er mai, non, lui dire que tout était terminé le jour de notre anniversaire, c’était au-dessus de mes forces. Forces déjà mises à rude épreuve par le fait de n’avoir pas passé cette journée avec lui. Je n’ai pas voulu le voir. Sinon, je n’aurais pas pu le quitter. Mais après tout, cela fait tellement de fois que je le quitte que je ne les compte même plus. Depuis un an, ce n’est qu’un enchevêtrement de « je te prends, je te quitte », de « je t’aime, je te mens ». Alors j’ai attendu le 2 mai au matin, et je lui ai envoyé un SMS :

« je n’ai pas dormi de la nuit. Malgré tout mon amour, je n’ai plus confiance en toi. Malgré tous mes efforts, je ne peux plus croire à des promesses que tu as trahies tant de fois. Mon cœur saigne, mais je préfère te le dire pour ne pas te faire perdre ton temps. Ça ne peut pas marcher entre nous. Si on se remettait ensemble, au bout d’une semaine, tout redeviendrait comme avant. Il aurait fallu que tu changes vraiment, au fond de toi, mais hélas ce n’est pas possible. Tu es celui que j’aurai le plus aimé dans ma vie, et je ne t’oublierai jamais. Mais pour notre bonheur à tous les deux, il vaut mieux se dire adieu. On n’est pas fait pour être ensemble. Je préfère que tu ne m’appelles plus car ça me fait vraiment trop mal. Adieu mon Didier, et bonne chance à toi. »

Lundi soir, cela a été atroce. A 19h24, il m’a envoyé un SMS, toujours marqué de son orthographe fantaisiste : « Je tm, je vai mourire pour toi par amoure, adieu tu entendra plu jamé parlé de moi. Je tm. Sai fini pour moi ». J’aurais du rester indifférente, mais je n’ai pas pu. Je lui ai répondu « Arrête, ne dis pas ça. C’est fini pour moi aussi, à cause de toi je ne crois plus en l’amour ». Je ne m’inquiétais pas trop car ce n’était pas la première fois qu’il me tenait ce genre de propos.

Depuis 3 jours il me harcèle. Le téléphone, que j’ai mis sur silencieux, vibre en quasi-permanence. J’ai réussi pour l’instant à ne pas répondre, je me suis bornée à envoyer un seul SMS disant « laisse-moi tranquille, tu m’as tuée. Je suis détruite. Laisse-moi ». Mais malgré cela, il continue. Les appels. Les SMS. Il sait que de cette manière, il a toujours réussi à me récupérer. Toujours. A plus ou moins long terme, mais son insistance a toujours fini par payer. Hier soir, il a même envoyé un SMS à Emmanuelle, en lui demandant de l’aider parce que je ne voulais plus lui parler, et pour lui dire qu’il m’aimait.

Mon Dieu, donnez-moi la force de résister cette fois. Il faut que j’arrive à en finir avec cette histoire de fous, puisque de toute façons, je ne pourrai jamais être heureuse avec lui. Si seulement je ne l’avais pas aimé aussi passionnément. Si je ne l’aimais pas toujours… Lorsqu’on n’a plus d’illusions, l’amour ne pèse plus grand-chose. Mais il continue de faire souffrir.

Alors je vais continuer à avancer. A vivre pour moi. A surtout ne plus lui répondre au téléphone sous peine qu’il ne réussisse encore à m’embobiner. Ce que je ressens est très contradictoire. D’un côté je veux vraiment me débarrasser de cette relation qui me détruit à petit feu, et de l’autre, à l’idée de renoncer définitivement à lui, mon cœur se révolte et je ne sais pas si j’y suis définitivement prête. Je sais d’ores et déjà que je ne changerai pas mon numéro de téléphone une nouvelle fois. Couper les ponts ainsi avec lui m’avait fait trop mal la dernière fois. Un trop grand vide soudain sur mon téléphone, dans ma tête, dans ma vie. Le fait qu’il ait à présent mon numéro, même si je ne lui réponds pas, cela me rassure. Cela conserve un lien, même ténu.

La semaine dernière, j’ai fait la connaissance d’un homme, il s’appelle Frédéric. Il me plaît bien, mais je ne ressens rien d’autre. Et de toute façon, je préfère éviter de m’attacher. Et puis j’ai toujours Didier dans la tête. Pourtant, je sais aujourd’hui que le fait que les autres hommes ne valent pas grand-chose ne le rend pas, lui, meilleur. Je ne veux donc pas tomber dans le piège de le reprendre. Mais bon sang, que j’y pense. Comme je continue malgré moi à guetter le téléphone portable, à guetter ses SMS dont je me nourris depuis un an.

Hier soir, il a téléphoné pas moins de quatorze fois en deux heures. Je le sais, j’ai compté les appels. Je n’ai répondu à aucun. Dans la poche poitrine de mon chemisier, le portable vibrait sur mon cœur et chaque onde me chantait « Didier, Didier ». Et même si je n’ai pas pris les appels, j’étais heureuse qu’il appelle. Stupide, non ?

Si seulement je ne l’aimais pas autant. Si je n’avais pas autant eu envie d’y croire. Mais je suis lucide. Résolue. Du moins en apparence. Intérieurement, je tremble de faiblir à nouveau.

Vendredi 6 mai

Le petit Romain m’a laissé un message sur le portable. Son père l’a fait appeler pour me dire qu’il voulait me voir avant de repartir chez sa mère. Et le gosse a rajouté avant de raccrocher « papa veut que tu viennes, il t’aime ». Didier m’a encore laissé plusieurs messages ensuite, me demandant de prendre mon après-midi pour venir à Châteauneuf les Martigues embrasser Romain. Je lui ai envoyé un texto pour dire que je ne pouvais pas, car j’avais trop de travail.

Et puis brusquement, vers 12h30, ma détermination m’a abandonné. J’étais sortie fumer une cigarette au soleil, et là, la tentation de ne pas rester bosser cet après-midi a commencer à me travailler. Ce serait agréable de quitter le bureau, et puis c’était vrai que j’aurai volontiers vu Romain avant qu’il ne reparte. Ce gosse a l’air de m’aimer beaucoup, et ça me touche. Et puis, c’était un prétexte royal pour revoir Didier, sans avoir l’air de le vouloir. Officiellement, je n’irais que pour le petit. Le téléphone a vibré. C’était encore lui, il m’a laissé un message pour me dire qu’il serait à 14h au Juke-Box avec le petit. Le Juke-Box… L’endroit où l’on s’est rencontré, il y a un an et 5 jours… Je n’y ai jamais remis les pieds sans lui. Oh, revoir une fois encore le Juke-Box, avec lui à mes côtés… Peut-être est-il nécessaire de revivre ses souvenirs pour s’en libérer enfin…

Ni une, ni deux. Sitôt remontée au bureau, j’ai prévenu mon responsable que je prenais ma demi-journée. Et j’ai foncé vers le Juke-Box. Le cœur battant à tout rompre, le sourire aux lèvres, impatiente d’arriver.

J’ai embrassé très fort Romain. Avec Didier, je suis restée froide. Vu qu’il était avec des amis, je n’ai pas voulu lui faire honte et je l’ai laissé me faire un rapide baiser sur les lèvres pour me dire bonjour. Un de ses copains lui a demandé si j’étais sa femme, il a répondu oui. Je n’ai pas démenti, bien sûr toujours pour ne pas lui faire honte. Je m’occupais ostensiblement de Romain, comme pour bien lui faire comprendre que le gamin était la seule raison de ma venue. Je laissais Didier se comporter comme si nous étions toujours ensemble, mais je demeurais indifférente. Pendant que j’étais dehors, seule avec Romain, nous avons papoté tous les deux. Un enfant de neuf ans ne sait pas mentir aussi bien qu’un adulte. Il hésite, se trahit et avoue. C’est ainsi que j’ai appris que la semaine précédente, Didier avait emmené Romain avec lui pour dormir……….chez Cathy ! Ni plus ni moins ! Et que le soir suivant, Romain était resté avec Monique, tandis que Didier avait à nouveau passé la nuit là-bas. Le gamin m’a assuré qu’ils ne s’étaient même pas embrassés et qu’ils s’étaient disputés. Il la déteste, Cathy. Dommage que son père ne partage pas son avis.


Publié le 10 octobre 2014

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L'auteur

Christelle Goffinet-Maurin

Âge : 47 ans
Situation : Union libre
Localisation : Meyreuil (13) , France
Profession : Coordinatrice maritime
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