La chance (Essai poétique et sans verbe de philosophie orientale et africaine)


Guide caravanier, la route du sel, ma notoriété.
De paisibles oasis en lieux majestueux, ma liberté.
A la veuve à l’abandon, à l’orphelin sans toit, ma solidarité.
De Tam à Gao ou Agadès, entre sermon et serment, ma destinée.

Targui, le sable chaud, le sang de mes veines,
Targui, fils du désert, de ma mère et de mon père
Targui, les privations multiples, inhumaine la tienne.
Targui, l’étoile du berger, ton regard mon repère.

Homme bleu, cœur blanc
Voile sur le visage, à l’abri l’origine
Pas celle du monde
Mais celle des mots blessants, éternelles fractures béantes.

Le soir, le noir, un bivouac, un feu
Le sirocco apaisé, un moment heureux.
Un thé brûlant, par trois fois, la prescription.
Un morceau de galette, quelques dattes, les ablutions.

Le thé, un signe d’une ancestrale hospitalité
Sucré comme la mélopée du défunt poète
Fort comme l’amour sans chaînes
Léger comme l’âme en voyage …

La nuit lourde, des étoiles si proches.
Une compagne pour tous, la lune, notre lumière
Un parchemin parfumé, un kalam joyeux
Le sabre le long du corps, peur sauveuse

Pensées spirituelles, du maitre, l’Amenokal
Leçons divines, Tin Hinan, la princesse, ses secrets
Ar tufat, bonne nuit
Les paupières de granit, le voyage céleste.

La peur terrifiante, les territoires dévoreurs,
Des vivants et des morts aussi.
L’apparence paisible, parfois inhospitalière, sans plus.
Lâche, fourbe, traitre, impossible parade !

Le cri strident d’un fennec, les yeux mi-clos
La caravane, sous les sables mouvants
Adieu sels, sucres, épices et étoffes
Vains efforts, sacrifices et peines ?

Un geste brusque, sur l’ultime poil de la dernière chamelle, le trésor sauvé !

Sourires, main tendue, soudainement charitable
Un secours inespéré, un profond soulagement
D’un presque rien, un miracle réalisé,
L’esquisse d’un mouvement, le goutte d’eau du colibri, le battement de l’aile du papillon…

Au campement provisoire suivant, un choix mûrement pesé
De lourdes chaînes, autour des bêtes et du précieux chargement.
Respect du rituel, tous les actes accomplis
Dans un sommeil profond, de lugubres présages

Eveil en sursaut, appels à l’aide, efforts titanesques, chaînes brisées, caravane engloutie

Prières sans échos, pourquoi ?
Pourquoi suppliques ignorés ?
Détresse sans réponse, pourquoi ?
Pourquoi inutiles efforts à l’épuisement ?

Un poil, pour son soutien, inutiles chaînes, pour son abandon : la chance !


Publié le 15 mai 2014

1 vote



L'auteur

Rabah Bouguerra

Âge : 74 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Figeac (46) , France
Profession : Psychologue - Ecrivain
Voir la fiche de l'auteur