SEUL ?


SEUL ?

Oh, mon Dieu ! Mais non ! Oh mon moi ! Intériorité et souffrances fugaces, recherche d’une explication cohérente, le cerveau en berne, conscience au ralenti. Savoir, connaissance... pffft !
Seul... Souvenirs et mémoire au rancart, histoire tronquée, formatage du mental... Oubli total, absolument seul au sein de cette luxuriante nature, soleil au zénith, le corps nu, la peau avide de chaleur. Flux d’énergie solaire aux bulles multicolores pour une résurrection inespérée, le cœur en lambeaux, douloureux à des endroits inconnus. Check-up : pieds, jambes, torse et bras, visage exsangue mais présent, pas de manque sur le plan physique... Black-out total, incompréhension dans ce monde vide de toutes présences, seul le vent dans les feuilles pleines de vie et au loin, un bruit de vagues. Troublants souvenirs de vie trépidante, pleine d’entrain et de folies. Le corps debout, chaque chose à sa place, ou plutôt, rien en place, regard évanescent, vaporeux, horizon virtuel ou réel ? Pas de réponse, et maintenant, la peur, la peur du vide, du rien. Insidieuse et froide, dans chaque pore de la peau, dans chaque cellule, incontrôlable, comme un liquide visqueux et froid. Effort insurmontable, debout devant cet Everest mental, dans la glue d’une toile d’araignée d’incompréhension. Et puis, soudain ! Au loin, un cri :
- Au secours ! A l’aide !
Instantanément, l’oreille aux aguets, encore dans son univers kafkaïen, le regard gyroscopique en tous sens et derrière... Plus de vagues ni de paysage idyllique ! Sous ses yeux, une vision cauchemardesque de maisons écroulées, de routes totalement délabrées sous un souffle monstrueux et mystérieux. Et au loin, un corps, un seul et unique corps au sol, le bras droit en oriflamme, preuve de vie.
Toujours dans l’incompréhension, abasourdi par cette situation ubuesque, chaque geste douloureux, pas après pas, le regard fixe, obsédé par ce gisant ! Et enfin, là, près de lui, une femme, nue aussi, le regard apeuré, aussi surprise que lui. Autour de son cou, un médaillon R.U.S.. Alors, d’un geste vif, la main au cœur, vérification sur sa poitrine, seul vestige de ses vêtements, son propre médaillon de même origine !
- Merde, bien sûr, la protection des ondes scalaires ! Quelle autre explication ?
Le regard fixe, la main en direction de celle de la femme prostrée. Elle, encore groggy. Main dans la main, comme une automate, de chien de fusil à debout, tout à coup contre cet homme, porteur comme elle de ce « talisman » protecteur.
- Que...
Tentative de parole, la gorge dans un étau, aucun mot !
- Une forme d’apocalypse, de fin du monde ?
Expression désuète au regard des ruines alentours, le bras droit accompagnateur de son regard circulaire. Un calme étrange et surnaturel. Destruction totale, plus rien de vivant à part eux deux et un silence assourdissant. Là-bas, un supermarché en ruine, probablement des vêtements et de la nourriture à foison dans les décombres. D’un regard complice, toujours dans le silence mais dans une compréhension mutuelle, avance prudente pas après pas, leurs cinq sens à l’affût, encore sous l’effet de la violence physique et psychologique du choc. Vision effroyable des corps sous les décombres et enfin, dans un kaléidoscope de couleurs, un fatras d’habits, de nourriture, sacs, cabas, aptes pour leurs premières nécessités vitales. Enfin couverts et ventres pleins, à la recherche de survivants, d’un signe de vie. Mais, rue après rue, bloc après bloc, que désolation et morts... Toujours pas le moindre bruit à part ce vent lancinant dans cet univers de désolation, même pas un chien famélique ou un zombie issu d’un film d’horreur.
Rien, juste eux deux, les Adam et Eve d’un nouveau monde. Bizarrement, plus aucune peur dans leurs cœurs, juste de l’incompréhension. Enchevêtrement naturel de leurs doigts, Elle et Lui, et dans cette solitude, un manque. Quelque chose d’intangible... Incompréhension dans l’incompréhension ! Quelque chose, mais quoi ? Pas de mots... Regards profonds... Et puis, bien sûr, l’évidence... Ce manque ! Les bras à l’horizontal, la femme, bouche ouverte dans une prise de conscience brutale, une cognition éphémère :
- Le VERBE... Un monde sans VERBE !


Publié le 15 mai 2014

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L'auteur

YVES CORNUDET

Âge : 67 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : VIDAUBAN (83) , France
Profession : kiné-ostéopathe, écrivain
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