Césarienne


Le chariot dans les couloirs, vite, les roues sur le carrelage, les cahots. Puis une salle glaciale au sous-sol de l’hôpital, une odeur d’éther, des lumières trop vives après ces neuf mois en ventre clos. La table en métal, à la désinfection parfaite, les infirmières en essaim. Le bruissement des blouses blanches tout autour, le tensiomètre, les électrodes. L’horloge sur le mur, les chiffres romains en gras, les aiguilles sur le temps. Les piqûres, la douleur aux entrailles, les vagues.

Mon ventre, rond comme une île, mon cœur, ses battements, quelque part à l’intérieur ton minuscule cœur, ses battements, les nôtres à l’unisson. Mes bras en ligature, l’aiguille fine au creux du dos, soudain mon corps en prison, les jambes dans un béton invisible. L’immobilité. La peur, évidemment, sourde. L’horloge, au mur, son décompte. L’agitation, les blouses blanches à droite, à gauche, autour, encore. La déchirure au scalpel, nette, précise. L’odeur du sang. Mon sang.

Mon mari, à mes côtés, inquiet, ses yeux sombres sur la pièce blanche, ma chair ouverte, la blessure. Ses doigts chauds sur ma joue, une caresse, un baiser léger. Nos regards et la confiance, encore, malgré l’éther, au-delà de l’instant. L’attente.
Le gynécologue, loin là-bas, sa concentration, ses appareils électroniques, ses instruments, ses mains dans mon ventre, le sang encore, l’arrachement.

Et puis des cris, stridents, des pleurs. Ma voix, presque un murmure, une question :

-  Mais… des bébés ? Ici ?

-  Non, Madame, pas des bébés. Votre bébé.

-  Mon… mon bébé ?

-  Votre bébé. Un garçon.

Un garçon ? Mon garçon ?
Toi.

Quarante-sept centimètres, deux kilos neuf cent vingt-six, tout rose dans la serviette immaculée de l’infirmière, tes cheveux sombres en bataille comme ton papa en pleurs. Mon inspection inquiète, tes dix doigts, tes dix orteils, ton visage d’ange, ta lumière. Et notre premier regard, cette profondeur, cet œil bleu océan, un œil de chaton, aux cils déjà longs et noirs, à la pupille de jais soudain dans la mienne. L’horloge au mur, l’instant parfait par-delà le temps. Nos retrouvailles, entre dedans et dehors, entre ventre et vie, soudain réels l’un pour l’autre. Mon bébé.

Alors cette évidence, cette certitude ultime. Ta vie entre mes mains, mon nouveau destin. Ta maman, pour toujours.


Publié le 12 mai 2014

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L'auteur

Sarah Berti

Âge : 45 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Rebecq (14) , Belgique
Profession : employée
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