Épilogue


Je cours et cours encore. Mais où suis-je ? Je ne veux pas mourir. Maintenant j en suis sûre. Il fait tellement sombre. Partout autour de moi, je vois de la forêt. Rien d’autre. Seul le béton sur lequel je suis en train de fuir rappelle la civilisation. Le vent glacial gifle mon visage. Je ne suis pas seule. Des bruits me viennent de parts et d’autres. Je m’arrête quelques instants dans le but de reprendre mon souffle. En regardant à terre, j’apperçois d’étranges tâches. Je m’accroupis au sol dans le but d’avoir une meilleure vision mais les étoiles peinent à m’éclairer. J’observe ces tâches intensément. Je n’hésite pas à les toucher. Ce liquide rouge est encore tout chaud. Du sang. Comment peut-il y’avoir du sang dans cet endroit désert ? Maintenant que j’y pense, j’étais bien trop occuper à m’enfuir pour m’en rendre compte, mais je sens à présent un doux liquide chaud s’échapper de mon nez et mes oreilles. Mon cœur accélère. Est-ce que c’est de la peur ? Une minute. Qu’est-ce que je fabrique au bord de la route en pleine nuit ? Je ne peux pas être ici. C’est impossible. Ah oui. Maintenant je le sais. Ce n’est qu’un rêve...

- Tu as assez dormi comme ça il me semble.
L’homme venant de prendre la parole m’enlève brutalement le sac que j’avais sur la tête. Il faut quelques minutes à mes yeux pour s’adapter de nouveau à la lumière. J’ai mal partout. Mes saignements sont moins abondants, mais cela ne m’empêche pas de constater à quel point mes vêtements noires sont tâchés. Je suis assez mécontente. Si je m’habille avec un débardeur, un leggings et d’immondes baskets noirs, ce n’est pas par plaisir mais pour me camoufler le plus facilement possible. La bonne nouvelle, c’est que j’ai beau vérifié partout (et en toute discrétion bien évidemment) aucun de mes organes vitaux n’est touché. Je n’ai même pas une côte de casser. Je ne m’en sors pas si mal en fin de compte.
- Mais qui voilà ! Notre chère Julie ! Où devrais-je dire 047 ?
- Faites comme il vous plaira.
Je dis cela avec un grand sourire en battant des cils.
- Pauvre chérie. Tu es encore très jeune. Vingt-deux ans, c’est tôt pour mourir.
- Je n’avais pas trop le choix.
- On l’a toujours. Une dernière volonté avant de rendre l’âme ?
- Maintenant que vous le dites, je n’ai encore jamais eu l’occasion de tester la cigarette. Avant de vous connaître, j’étais une petite fille sage. Vous ne m’en donneriez pas une ? (Tête d’ange).
A ces mots, l’homme face à moi appelle l’un de ses sbires qui lui apporte une cigarette ainsi qu’un briquet. Ce dernier part aussi rapidement qu’il était arrivé.
- C’est très gentil. Mais j’espérais avoir les mains libres pour imiter les vrais fumeurs et faire semblant d’avoir de la classe avec. Vous ne risquez rien avec votre arme braqué sur moi.
- Tu me prends pour un crétin ?
A ses paroles, je souris et termine de couper mes liens grâce au couteau pliable que j’avais coincée à l’arrière de mon soutien-gorge pendant que lui allume la cigarette que j’ai demandé. Il a gardé son revolver dans sa main droite tandis qu’il allume de sa main gauche la cigarette qu’il maintient dans sa bouche. Puis je réponds avec ce qui me vient naturellement à l’esprit.
- Oui.
Je plonge sur lui avant qu’il n’ait le temps de me tirer dessus et lui confisque son revolver après l’avoir assommé grâce à la chaise sur laquelle j’étais attachée en me servent de mes jambes. Je libère ensuite mes chevilles. Je prends un malin plaisir à l’attacher comme je l’étais. Il y’a trois hommes dans cette usine désaffectée en plus de leur chef qui est maintenant hors-service. Je sors de la pièce et balance du haut des escaliers la cigarette encore allumée. Cela alerte les trois hommes qui se précipitent vers la salle dans laquelle j’étais enfermée. Malheureusement pour eux, ce qui est amusant pour moi, à peine sont-ils à découvert que je leur tire dessus à tour de rôle. Je reviens ensuite dans la pièce contenant mon prisonnier. Celui-ci est réveillé. Je colle mon arme contre sa tempe. J’aime l’entendre gémir. Je m’agenouille après devant lui en retirant le revolver de sa tête afin que mes yeux se tiennent à la même auteur que les siens. Je prends le temps de le détailler. Il a environ la trentaine, des cheveux très noirs malgré une peau blanche, des yeux sombres, aussi perfide qu’un serpent. Évidemment, le sang coulant à l’arrière de son crâne gâche un peu le tableau. Celui-ci est habillé d’un élégant costume taillé sur mesure. Le connaissant, il doit avoir plein de billets dans ses poches. Après l’avoir dépouillé, je m’adresse à lui d’une voix douce.
- Rassurez-vous. Je ne souhaite pas vous tuer.
J’attends quelques instants afin de constater un quelconque soulagement. C’est donc au moment opportun que je sors mon couteau et lui plante la lame brutalement dans la cuisse. Il pousse un cri de douleur.
- Je veux vous détruire. Je vous ferais endurer ce que vous m’avait fait subir. Vous assisterez, impuissant, à votre propre déclin. Je les tuerai tous, les uns après les autres et quand j’en aurai fini avec eux, je vous rendrai cette arme. Avec une seule balle. Faites-en bonne usage surtout.
Après un dernier sourire dans sa direction, je pars de l’usine, prête à affronter le monde.


Publié le 29 août 2014

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L'auteur

Anna Beaulieu

Âge : 22 ans
Situation : Célibataire
Localisation : Villebon sur Yvette (91) , France
Profession : Lycéenne
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