CHIKUNGUNYA, VRAIMENT PAS CHIC


Dans tous les coins des rues de cette île de la Caraïbe, on entendait que cela de la bouche des gens : "le chikungunya". C’était devenu une obsession. Oui ! Ce peuple qui connaissait bien le moustique appelé l’aedes à aegypti, entendait aujourd’hui une nouvelle appellation "le moustique tigre" ; il était non seulement le vecteur de la dengue, mais aussi de cette nouvelle maladie. Celui de la dengue était bien entendu le moustique domestique et voilà qu’aujourd’hui que ce même spécimen était en pleine mutation pour donner naissance à la nouvelle vague effrayante.
Eh ! Oui, cet insecte qui comme un volcan endormi depuis très longtemps, se réveillait subitement pour faire éruption dans cette île, dans le but de ravager ses habitants. Les campagnes d’informations se propageaient comme pour la distribution de petits pains et de nourriture après le passage d’un méchant ouragan, tellement qu’elles étaient nombreuses. Dans tous les établissements tant publics que privés ; des affiches se multipliaient. Presse, médias et télévision étaient mobilisés pour cette campagne régionale contre le chikungunya. Toutes les communes de l’île avaient comme décor que des panneaux de sensibilisation et d’informations, avec un seul slogan "Opération dé-chik-taj, pour ce mercredi" Les derniers chiffres de l’ARS (l’Agence Régionale de Santé), faisait état de plus de 40 000 cas de chikungunya sur le territoire de ce petit pays paradisiaque. Là ! On pouvait tout de suite comprendre qu’il y avait urgence, face à la progression de plus en plus rapide du virus.

Nul n’était épargné : enfants, jeunes, adultes et personnes âgées se plaignaient des conséquences de ce pire fléau jamais vécu dans ce pays. Les symptômes étaient très diversifiés. Certains malades ressentaient de vives et intenses douleurs musculaires. D’autres des irruption de boutons comme pour la rougeole se propageaient sur tout le corps avec quelques fois des gonflements sur le visage. Quelques personnes faisaient des poussées de fièvre jusqu’à 40 degrés, accompagnées de violents maux de tête. Bien entendu, pour les plus faibles, ceux qui n’ont pas pu résister au combat, la mort les a gagnés.
La maladie était bien présente, parce que le moustique se dressait comme un tigre féroce et indestructible dans cette île. Comme un monstre, il était venu pour tuer sur son passage. Les médecins et les urgences des centres hospitaliers étaient débordés et dépassés. Oui ! On avait assez de tout cela.

Comment un si petit insecte pouvait faire autant de dégâts chez l’homme, jusqu’à l’éliminer. Le peuple n’était n’était pas préparé à cette nouvelle et éventuelle invasion. Bien souvent chacun vivait très paisiblement dans son coin, ne se souciant guère des conditions de vie de son voisin. Avec ce nouveau fléau, voilà que le comportement de tous allait changer.
Tout le monde était prêt à se mélanger aujourd’hui dans cette petite société. Les riches et les pauvres commençaient à se donner la main car la maladie touchait toutes les couches sociales.
Voilà que cette population îlienne qui n’était pas vraiment unie, se mobilisait la main dans la main, afin de former l’unité pour combattre ensemble les secteurs de larves causant cette maladie. Non ! Il n’y avait aucun médicament pour soigner : il fallait prendre tout simplement des antidouleurs pour trouver un soulagement. La population vivait, le stress, la peur et l’angoisse. Le seul moyen d’éradiquer ce fléau était la destruction des larves.

Toutes les personnes de bonne volonté étaient réunies aujourd’hui. Bien évidemment, dans chaque commune de l’île il y avait plusieurs délégations. Comme des soldats, les gens se disaient engagés dans le régiment de la victoire sur le chikungunya. On battait les campagnes pour détruire tous les gîtes à moustiques, c’était devenu une guerre sans pitié.
Aujourd’hui, partout dans l’île on voyait des stands d’informations. De nombreuses équipes étaient réparties en plusieurs divisions. Une section était désignée pour collecter les déchets d’équipement électrique et électronique, une autre était chargée de l’enlèvements des encombrants et des épaves de voitures. A côté des stands d’informations se trouvaient des ateliers de fabrication de couvre-fût afin d’éviter la ponte des moustiques. La brigade de l’environnement était missionnée pour aller chez l’habitant pour l’informer des gestes à faire comme : (changer l’eau des vases à fleurs au moins deux fois par semaine, contrôler les aquariums, élaguer certaines branches, car les feuilles peuvent contenir de l’eau pendant plusieurs jours, nettoyer les gouttières etc.). Les armes de destruction étaient dans la main de toute la population et en plus les autorités régionales en fournissaient gratuitement. Bombes insecticides, bouteilles d’eau de javel, produits désinfectants, gants, couvercles pour les réserves d’eau ; tout était mis à la disposition du public pour détruire. Oui ! Les îliens étaient pour la première fois et massivement autorisés à tuer. Leur crime était de tuer les moustiques et ils étaient fiers de cette mission de destruction des gîtes larvaires. Si tuer un homme est un homicide et est passible de peine pour la prison, aujourd’hui, tuer des moustiques étaient largement récompensé. La première récompense était basée pour la santé publique.
La population était entièrement mobilisée (personnel communal, associations, société civile, police municipale et entreprises de l’environnement etc.) Tout le monde était présent pour faire barrage au chikungunya. Pour une fois, on voyait des hommes, des femmes, des jeunes à pied d’oeuvre pour stopper définitivement la propagation du virus. Voilà une très belle action citoyenne et solidaire que tout le peuple appréciait sur cette île. Trois mois plus tard, l’épidémie était définitivement stoppée.
Si le moustique avec ses côté négatifs a fait des ravages, il est important de croire qu’il a tracé un chemin pour le peuple de cette contrée. Bien avant l’arrivée de cette épidémie, la vie était bien monotone entre les habitants. Cette île avait pour devise "CHACUN POUR SOI", car il n’existait pas cette solidarité que l’on reconnait aujourd’hui. Il fait beaucoup plus agréable de vivre. Cette opération d’éradication de chikungunya a été vraiment pour quelque chose, car elle a fait naître une nouvelle ambiance de fraternité et de convivialité pour le plus grand bien de ce peuple, pour le mieux vivre ensemble.


Publié le 29 août 2014

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L'auteur

MARYLOU RUTER-VENTURA

Âge : 67 ans
Localisation : TRINITE (97) , France
Profession : FORMATRICE
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