De pansus penseurs ! Chapitre 51


Après les divers rebondissements et découvertes des semaines précédents et au lendemain d’une perturbante journée, tôt ce matin, César ouvre la fenêtre de son studio au dernier étage. Sur l’immense palette céleste l’aube mêle l’aigue-marine, le girasol, le saphir jaune au spinelle et tend une toile sur laquelle se superposent des restes de givrures de la nuit. Plus en dessous Paris flotte dans du coton écru. Tour à tour ses flèches, coupoles, clochers s’estompent dans une brume évanescente la rendant intemporelle, sans contour défini. L’atmosphère qui enveloppe la ville interrompt la persistance des formes, renforce la sensation d’insaisissable matière volatile des figures et couleurs. Il reste un long moment à contempler cette détrempe. De l’abstraction à un moment où l’homme se doit d’être dans la concrétisation.
Il n’a que peu trouvé le sommeil, ce qui lui a permis de remettre de l’ordre dans les évènements de ces derniers mois. Il est décidé, après tout ce temps vécu à noircir du papier - il n’écrit pas sur ordi - le froisser, recommencer, se jeter dans la bataille des mots, s’y consumer, s’y consommer, s’autoriser à affirmer, à l’instar d’Honoré de BALZAC :<< je suis un galérien de plume et d’encre>>, à poser le point de non retour en arrière, le point final de sa quête d’éléments pour constituer l’ossature de son <>. Texte qui commence par : <>. Si les éditeurs parisiens chipotent, tergiversent, se dispersent en conjectures, refusent, il leur tournera le dos, ira voir ailleurs, en Province, en Italie, à Londres. Sa détermination n’a d’égal que son refus de paraître inquiet. son compte courant, souvent dans le rouge à la banque, l’oblige à la persévérance. Il n’a jamais abandonné son Grand Œuvre. Parfois il a modifié sa voix ou fait répondre qu’il était absent quand le banquier insistait pour le joindre. Mais cela ne dresse pas de lui le portrait d’un veule. Pourtant au moment de quitter définitivement la rue de l’abbé Troubert, s’il n’était cet homme dont on a découvert la force morale d’un travailleur acharné, ne se laissant pas envahir par le doute et rompre par le renoncement, on le soupçonnerait d’être à cet instant précis plus amer qu’il n’y parait.
La veille il a vidé son ordinateur portable de toutes traces, blogs et autres pages personnelles sur les réseaux sociaux. Sur son téléphone de poche, il n’a conservé que les adresses de ses véritables amis. Cela l’a soulagé de n’avoir pas à s’encombrer de relations opportunistes, éphémères et pour tout dire inintéressantes. Mille fois plus les faux-amis du langage que les faux-culs d’un entourage de circonstance. Il jette un dernier regard à l’entour, se saisit d’une grosse sacoche, d’un grand sac en cuir mordoré et referme la porte derrière lui. Il abandonne tout, meubles, livres, objets, sa collection de cafetières. S’il pouvait il laisserait certains souvenirs embarrassants pour libérer une mémoire personnelle qui a besoin d’espace. Faire de la place pour ce qu’il est rassurant d’entretenir en soi à jamais : ses amours, ses disparus, sa jeunesse, ses réussites, ses rêves encore vifs. Chacun dispose de recoins inoccupés pour les petites morts : ruptures, disputes, échecs, séparations, éloignements. Pour les grandes, celle d’un enfant, d’un parent, d’un ou d’une conjointe, d’un ou d’une amie si proche, si nécessaire, il faut que l’air puisse circuler autour, qu’elles respirent ces grandes morts là, que rien ne viennent les bousculer, les perturber, qu’elles se fassent régénératrices des forces pour continuer de vivre, paradoxalement.
Dans une boite à lettres du rez-de-chaussée, portant inscription Catherine LESCAULT, il glisse le trousseau de clefs et une enveloppe. C’est elle l’héritière de ce qui reste dans son logement, sa <>, sa <>, sa <> aurait dit Walter SCOTT qu’il a lu, dont il s’est d’abord inspiré pour s’en éloigné, sa PAQUITA qui l’a quitté pour une femme. Il l’aime encore en silence de l’avoir tant aimée, étreinte, mignotée, gamahuchée, quoiqu’il l’ait trompée, jamais épousée. Elle demeurera pour longtemps sa confidente, son amie, une sœur de partage. César n’est pas un converti de la fidélité en liaison horizontale. Tout juste est-il constant quelques mois. On ne demande pas à un nomade de l’amour de se sédentariser au-delà du raisonnable. On ne réclame pas à un galant qui a besoin de se persuader qu’il peut plaire malgré son physique ingrat, son épaisse corpulence, son nez tavelé, sa mise passe-partout, sa chevelure désordonnée, de se résigner à l’abstinence, à la discipline. On n’exige pas d’un séculier de se familiariser avec La Règle des moines .
Désormais tout va être plus logique. Cette longue journée peut être riche de promesses, de réalisations, ou porteuse de désillusions. En tout cas elle va marquer un tournant dans l’existence de cet homme qui ne fuit rien de plus que la routine, la banalité. Il descend la rue jusqu’à la Porte Saint Denis, s’arrête à un kiosque se procurer "La Quinzaine littéraire", le "Nouvel Observateur", puis entre dans une brasserie, s’accoude au comptoir et commande deux fois dix expressos très serrés. cela n’étonne pas le patron, un aveyronnais de souche comme lui, qui connait cette curieuse manie de reverser en deux temps le contenu des tasses dans deux thermos en métal. Il lui faut pareille quantité pour sa consommation journalière, sinon les idées ne viennent pas, son humeur est chagrine ou bougonne. Son affaire faite, il se dirige vers un garage souterrain du boulevard y récupérer son Roadster RT de couleur lilas. Casque enfilé, il prend la direction de la rue de la Grande Truanderie. A l’adresse sise là où l’abbé Jacques-Paul MIGNE ouvrit une maison d’édition de livres bon marché de Théologie et d’Œuvres des Pères de l’Eglise, il a rendez-vous avec Simone LIEW, directrice de LELO (Les Editions du Lion et de l’Ours : référence à un texte d’Isaïe) qui publient des livres de philosophie et de religion. Elle doit lui rendre compte de l’avis du comité de lecture pour les cinq textes de spiritualité, de réflexion qu’il entend présenter en préambule de son roman-fleuve dont il porte dans sa besace copies de divers chapitres. Lors de leur première entrevue il avait été séduit par cette femme d’avenant froid, avec son regard gris-bleu acier, son faciès slave marqué de haute pommettes, son menton volontaire, ses épais cheveux noirs retenus par un catogan sur sa longue nuque, son port altier, ses manières de grande bourgeoise, issue de la noblesse des russes blancs émigrés au moment du renversement du régime tsariste en 1917. César n’a-t-il pas, de par son esprit vif, son humour, sa sagacité, sa culture, séduit tant de femmes de toutes situations sociales ? Pourquoi pas une éditrice d’apparence hautaine à son palmarès où se côtoient roturières, actrices, intellectuelles, jolies serveuses, et dames de riche extraction ? Au début, leur prise de contact fleurait la courtoisie, l’élégance, et la sobriété des échanges. Cela favorisait l’envie de poursuivre une approche plus intime. Mais à cette instant précis, il va en être tout autrement.
- << Désolée monsieur César BIROTTEAU, d’ailleurs je ne crois toujours pas que ce soit votre véritable identité...
- Pourquoi n’aurais-je pas droit à un emprunt ? Après tout Boris VIAN a signé certains de ses écrits : Honoré BALZAC...
- Notre comité n’a pas cru bon de retenir vos textes. Ils n’entrent pas dans la ligne éditoriale de notre maison. Comprenez qu’actuellement nous devons cibler très précisément nos publications, nous ne pouvons plus faire de concession.
Sortant une fiche de la poche de son chic tailleur jaune de Naples, elle ajoute :
- Et puis votre emploi de mots tels que "gastrolâtre", "maheutre", "morbifique", "gourmade", "bélitre", "gobichonner", "bardache" n’est pas trop d’actualité. Il faut écrire pour son époque...
Ne lui laissant pas le temps de finir sa phrase, élevant le ton, César lance comme à la cantonade :
- Dites que mon vocabulaire est abscons, que je suis un réac de l’écriture ?
- Je n’ai rien suggéré de tel, il vous faut simplement mettre toutes les chances de votre côté si vous voulez être lu...
- Oh je sais en cette ère d’anglicismes à outrance, d’apocopes et aphérèses bancales, de mauvais argot, pas même celui de Bruant, il est de bon ton d’employer "bolos", "branchouille", "pubard", "texter", "réseauter", "m.d.r"... redonnez moi mes tapuscrits, on en reste là ! >>
Simone LIEW ne peut bredouiller une formule de politesse, que déjà César tourne les talons et franchit la porte. Il reprend son engin. Sous le casque ça fulmine l’anathème contre la gente éditrice. Impossible de savoir si c’est de la colère ou du dépit. S’il est furieux de s’être vu refuser ses écrits, ou s’il est vexé de n’avoir pu pousser plus avant ses pions sur le damier de la belle russe. Pour se calmer, parce qu’il sait que, avant longtemps, c’est un de ses derniers périples dans Paris, il roule de la rue Cassini à la rue Visconti, puis de l’avenue d’Iéna à la rue Raynouard. Un pèlerinage, un retour aux sources de son inspiration. A la hauteur des boulevards Raspail et Montparnasse, il s’arrête près de la statue de BAZAC par RODIN, met pied à terre, attrape dans une des coques de sa moto, un thermo, une flasque gainée de peau et son boujaron, se sert du café, une rasade de cognac, de celui qu’il se procure chez un sieur PINARD, producteur de vin, de pineau et distillateur du précieux alcool à Jarnac dans les Charentes. Son breuvage l’apaise, remotive son envie de continuer selon son plan minutieux. Il ne s’est pas éreinté à rédiger quelques quatre mille pages, faisant vivre, donnant corps, âme, esprit à cinq cent personnages pour se laisser abattre par les préciosités, les atermoiements des uns et des unes. Il a planté tant de décors, brossé tant de tableaux, façonné tant de situations qu’il lui paraitrait lâche de ne plus, tout à coup tenir la promesse qu’il s’est fait d’honorer ses origines familiales, à cause d’un refus, d’une déconvenue, d’une... s’il n’avait du respect pour les femmes, soient-elles filles de salle, tapineuse, midinettes, garçonnes, "rabouilleuses" qui <>, de la rue ou dans l’alcôve, de Province ou parisiennes, jeunettes ou plutôt mûres, il qualifierait Simone LIEW de prétentieuse mal baisée, rien que pour se soulager, expurger sa contrariété.
Pour déjeuner, César dont vexations et irritations n’entament jamais l’appétit, hésite entre deux adresses. <> dans le 3ème ou <> dans le 2ème. L’Auvergne lui tient à cœur. Il aime ses contreforts sombres ou étourdis de soleil selon le versant, la rudesse des paysages contrastés, la noirceur des fermes de granit se détachant à flanc de colline sur le vert des pâturages, ses bois de hêtres et de châtaigniers où poussent la gesse, l’euphorbe, la campanule, la brunelle. A contrario le soyeux d’un bleu azur tranché de ses cieux des belles saisons, le velours de ses prairies parsemés de doronics, de cardamines, de daphnés morillon, le doux clapotis des ruisseaux aux scintillements argentés sur la mousse des cailloux, le déplacement lent des vaches de salers à la robe auburn, aux yeux maquillés de noir, aux grandes cornes ; le tintement de leurs clarines attachées au large collier de cuir épais, comme une jeannette qu’elles porteraient élégamment telles des dames de cour ; les tons or, brun, jaune, rouille des feuillus, sous les reflets d’une lumière automnale, le voile de brume descendant sur la Truyère dans la langueur matutinale d’un été qui a des promesses de chaleur méditerranéenne, les souffles blancs de neige s’accumulant sur la désertique Planèze en hiver, quand les huis des maisons sont clos sur des saveurs de pot au feu, de potée, que les tas de bûches et de fagots s’entassent dehors, à portée de main. Tout cela et plus encore lui est source de reposante méditation, pareille qu’au désert ou devant l’océan aplani au jusant. La mentalité des gens du Massif Central dont il apprécie le bon sens, la franchise, l’exigence et la générosité ne le laisse pas non plus indifférents. Ils lui ont inspiré maints personnages de la ruralité. Son sang pour partie aveyronnais le pousse à s’énerver quand on blague sur le soi-disant côté pingre, grippe-sou des auvergnats. Ils sont bosseurs, courageux. Ils sont économes mais savent partager, recevoir. Pas de dépenses inconsidérées mais une table ouverte ni mesquine, ni chichiteuse, de la largesse, de la diversité, de bons coups de fourchettes et de levées de coude. Le superflu n’est pas un signe de richesse, seulement une vulgarité. Le gaspillage relève d’une offense faite à l’infortune, à la misère. C’est une incorrection.
C’est finalement à <> que César se rend. Son circuit programmé depuis des semaines, lui offrira tout loisir de goûter à nouveau à la cuisine du Centre, entre Corrèze et Tarn. La douceur climatique l’autorise à s’asseoir en terrasse. A peine installé depuis quelques minutes, il entend le ronronnement spécifique d’un Roadster qui s’approche lentement. Il est conduit par un homme, à la carrure imposante telle la sienne, plutôt ventru. Le nouvel arrivant se gare juste à côté de l’engin de César et tout en défaisant la jugulaire d’un casque à l’ancienne, il l’inspecte, tourne autour, se penche vers les roues, se relève en soufflant, détaille le compteur, tâte les deux sièges en connaisseur de la belle mécanique. La sienne est un Trike Roadster Spy. César n’y tient plus, s’approche de l’homme qui juste à ce moment là ôte ses lunettes de soleil et son casque. C’est Gérard Depardieu lui-même, dans toute sa hauteur, largeur, imposante présence physique, qui devinant qu’il est le propriétaire de pareille machine, le branche d’amblée :
- <Avant de répondre César tend la main et se présente :
- César BIROTTEA, enchanté de vous rencontrer... j’aime beaucoup...
Pas le temps d’exprimer une formule passe-partout qu’éclatant d’un tonitruant rire, l’acteur usant directement du tutoiement réplique :
- Tu te fous de ma gueule l’ami ? César BIROTTEAU ! Pourquoi pas Orson WELLS ? je n’ai pas lu que SAINT AUGUSTIN, DURAS, et écouté BARBARA. J’ai aussi côtoyé BALZAC, FLAUBERT, DOSTOÏEVSKI et tant d’autres. J’ai joué "Le Colonel CHABERT" en 94 et j’ai été BALZAC en personne en 99 pour la télé. Alors c’est quoi ton vrai nom ?... oh et puis après tout ça ne me gène pas que tu te fasses appeler ainsi ou Lauren BACALL... tiens ça me donne une idée, désormais je signerai GIACOMMETTI ou Sarah BERNHARD, rien pour emmerder les journaliste avec leurs questions à la con...
Nouvel éclat de rire sonore. Mais l’arrivée impromptue ou prévisible de quelques paparazzis en scooter, qui ont dû essayer de suivre GD depuis un moment, oblige les deux hommes à s’engouffrer précipitamment dans le restaurant, à se réfugier au fond de la salle, dans un petit salon privatif. Les voilà se lançant dans une comparaison entre freinage hydraulique ou électronique, amortisseurs à bonbonnes, suspension avant avec bras triangulaire etc... Puis quand ils ont épuisé le sujet, GD qui possède l’art de retomber sur ses pieds et surtout de meubler pour ne pas laisser le vide s’installer -d’accord pour le silence calibré, programmé en cas de nécessaire solitude mais point pour la convivialité autour d’une table - demande :
- Tu bois quoi ?
- Un verre de Quincy !
- Ah tiens ! Tu connais le Quincy ?
- Pour mettre baladé en région Loire. Je souhaitais découvrir d’autres assemblages que pour le Sancerre, désormais un peu trop galvaudé. Il y en a d’excellents mais c’est de plus en plus rare. La plupart des vins n’échappent plus à une démocratisation, une popularité qui les transforment en produits de "grande cavalerie". Hormis le sauvignon et parfois un peu de sauvignon gris, Ménetou-Salon, Quincy, Sancerre... on retrouve des aromes identiques d’agrumes et de fleurs de pécher...
- Tu m’épates ! Un mec qui n’est pas de la partie et qui semble s’y connaître plus que tous ces freluquets qui tiennent des chroniques gastro et qui pigent que couic à la vinification... Si tu es aussi passionné pour la bouffe, les femmes, que pour le vin, on va s’entendre. Tu n’ignores pas que je possède des vignobles en Italie, au Maroc, en Algérie et en Anjou... Tu devrais venir me voir, on se ferait une tournée des caveaux et on pousserait jusqu’à Bourgueil et ses Saint Nicolas si chers à Jean CARMET, mon "frère de vin" comme il y a des "frères de lait". On s’en ai payé des "descentes" avec Jeannot ! Il me manque depuis... vingt ans qu’il m’a planté... heureusement qu’il n’a pas assisté à ces mises de force à l’eau qu’on m’a imposées, il aurait vécu ça comme un trahison, un crime de lèse-majesté...
César réussissant à reprendre la parole mais ne parvenant pas à tutoyer :
- En Anjou vous travaillez les assemblages sur du Chardonnay, du Chenin, du Melon pour les blancs et du Cabernet franc, du Pinot noir, du Groleau pour les rouges ?
- Et du Gamay, quand il est bien vinifié cela ne donne pas qu’une quelconque ripopée, un vulgaire piccolo, crois mois !
- <> selon Philippe le Hardy et déjà Charles QUINT le qualifiait de ginguet...
- Qu’est ce qu’il y connaissait en vin lui qui disait : <> ... la bière.. Tu pourrais venir quand ces temps ci où je suis sur mes terres ?
- Je souhaite me rendre prochainement en Touraine et Berry, à la maison de George SAND, je pourrais passer avant...
- Ah l’Aurore ! L’air de rien avec ses vieux atours, une voluptueuse, une ardente de la plume, de l’épistolier, de la table, du lit, du houka et du lataki... douée en cuisine avec ça... une qui ne minaudait pas. Dire qu’elle s’est tapé son Chopinou pendant huit ans sans qu’il soit en mesure de concrétiser ! Sais tu le surnom qu’on lui donnait en Italie, ainsi qu’à ses enfants, par allusion à leur nez ? La "Pifoëllini" !
César qui voudrait bien en placer une :
- As tu essayé sa recette des petits friands aux champignons ? Du veau piqué de lard, arrosé de bouillon aromatisé, sur un lit de pleurotes...
- Excuse moi mais je possède tous les livres de cuisine des peintres, écrivains, PROUST, COLETTE, MONET...
- Moi également... enfin du moins j’avais... j’ai tout laissé à une nana.
- J’ai l’impression qu’on a des tas de points communs, d’autant que question embonpoint, nous n’avons pas fait que sucer des sorbets au thé vert et menthe nana ! Rire !
- Oui mais nous n’avons pas le même passé, la même existence, la même renommée, pas un pareil mode de vie...
suggère César qui depuis le début de leur échange a entendu vibrer ou sonner une bonne douzaine de fois l’un des trois téléphones que GD a posés sur la table. Le premier, a-t-il expliqué, est important pour ses affaires, ses investissements ; le deuxième c’est la ligne directe avec son agent, pour les contrats ciné-tv ; celui là a-t-il ajouté en désignant le plus grand, le relie en permanence à ses proches, sa famille et il ne le coupe jamais. C’est ce dernier qui est resté le plus silencieux. GD reprend le dialogue là où il l’avait laissé dans a tête.
- Les femmes s’en moquent des détails du moment qu’on les complimente bien... tu en es où de ce côté là ?
- Jusqu’à présent je ne m’en suis pas trop mal sorti, je me débrouille...
- Et tu les convoites comment ? Belles, minces, girondes, candides, célèbres, jeunes, vieilles, comédiennes, sobres, douces, violentes, androgynes, caractérielles, originales, expérimentées, à déniaiser... tu fais "dans la vulgivague" ?
- Je n’ai pas de préférence, ça dépend de mes caprices, de mes fantasmes, de ma forme, du moment qu’elles se laissent apprivoiser, que je peux les ramener à la raison du plus gros, à défaut du plus fort ! Quant aux "filles de joie", j’évite par principe.
- Comme moi ton physique ne te freine donc pas même si sur le plan de l’ergonomie de terrain, de l’ergothérapie pratique on bataille. GUITRY disait : > Rire. C’est comme pour les cinq doigts il faut savoir les utiliser... Avec les très en chair, si elles remplissent amplement les mains, question souplesse et acrobatie en chambre, le corps à corps s’avère plus compliqué, la satisfaction latérale moins évidente ! J’évite !
Curieusement César qui habituellement, ne sait pas noyer son malaise, sa timidité dans un flot de paroles, est partagé entre deux sensations, celle de ne pas être à la hauteur, lui l’adepte du non exprimé quand il lui parait superflu de parler pour ne rien dire d’important, et celle plus intuitive de penser que cette rencontre inopinée peut lui apporter une ouverture. Il lui faut peser le pour et le contre se dit-il en son for intérieur. Il est interrompu dans sa réflexion.
- C’est quoi ton actualité du moment... j’entends professionnelle ? l’interroge GD
Tout détailler, ses déboires, échecs, ses stimulations dans son aventure d’écriture depuis des mois, ou résumer au plus sibyllin, pour ne pas brûler ses dernières cartouches, abaisser toutes ses cartes, atouts compris, n’avoir pas à regretter plus tard d’en avoir trop révélé ! Faire dans l’elliptique, le lapidaire au risque d’être un peut sec, un peu court comme dans la tirade du nez dans "CYRANO". Se préserver une zone de non pénétration de son intimité intellectuelle. Sur cette propriété là aussi, il y a tant de vol commis,de plagiats, de récupérations, d’idées, de concepts empruntés et jamais rendus à leurs auteurs. César se lance dans le laconique et fait démarrer son "actualité" à ce qui s’est produit à LELO, le matin même.
- Tu as rencontré la belle Simone ?
- Belle oui, mais pas pète-sec, réfrigérante...
- Ne te fies pas aux apparences. Le matin elle parait glaciale, le soir c’est une bombe échevelée. Si je paraphrasais Léo FERRE, je dirais : << Les femmes il conviendrait de ne les connaître que tard dans la nuit...>> Alors comme ça tu n’as pas réussi à lever la LIEW (il prononce liève) Rire. Je la connais pour l’avoir fréquentée au moment où je travaillais <>. Elle n’est pas bornée. Si tu le veux, on peut retourner la voir ensemble ?
- Non merci ! Je ne reviendrai pas en arrière...
- Les éditeurs désormais sont devenus des gestionnaires avant tout. Ce ne sont plus des PAULHAN, Gaston GALLIMARD, NADEAU, LINDON d’antan, ce sont des comptables. Je ne leur jette pas la pierre, j’agis pareillement avec mes investissements, dans la vigne, la production ciné, l’hôtellerie, la restauration, l’immobilier. Si tu veux rester crédible, compétitif, il faut chiffrer, rentabiliser sans cesse. Mais attention ! Cela ne veut pas dire qu’il faut produire ou vendre de la merde, à toute vitesse. On a le droit et le devoir de s’engager pour des coups de cœur et pas que des coups de fric. Je m’évertue à privilégier la qualité avant la quantité à outrance. Je me diversifie au lieu de construire un mastodonte monolithique uniformisé. "Le mammouth" c’est moi, pas ce que je cultive ou défends. Rire.
César, sautant sur l’attention que GD semble porter à son sort du moment, explique qu’on lui a recommandé de se faire édité par les nouveaux concurrents de l’édition traditionnelle, ceux qui publient systématiquement, via internet, les livres refusés par ailleurs, les transposent en E-books pour les adeptes de plus en plus nombreux des liseuses.
- Tu es fou ou tu es plus demeuré que je ne pense ? Je n’ai pas une grande expérience en la matière. Je n’ai pas écrit de roman et pour << Vivant>> et <> je me suis fait aider. Mais d’après ce que j’entends, ce que je lis, ici ou là, ça ne mène pas loin. Surtout depuis qu’Amazon entend rafler la mise, détenir le monopole mondial. Certes tu vas être publié en moins de temps qu’il ne faut pour le réaliser mais tu ne vas sortir qu’un livre de ta manche, sans bénéficier d’un service de presse,. Pas de véritable comité de lecture, pas de conseiller littéraire. La promotion c’est essentiel, c’est une bonne part des ventes garantie. A moins que tu disposes du temps et des moyens de t’en charger. Si celà soulève des critiques, à descendre en flamme un écrivain, un artiste, c’est plus constructif que pas de critique, d’article du tout. L’auto édition c’est du même acabit. C’est à fond perdu souvent, sauf à bénéficier d’un sacré réseau de contacts. Pourquoi tu ne deviendrais pas auto entrepreneur imprimeur-éditeur ? Je t’aiderais si tes chois sont judicieux, si ton affaire se tient. Les livres ça manque à mes engagements.
- Ah surement pas ! Je ne veux pas vivre un dépôt de bilans, les dette qui s’y ajoutent.. avoir à fuir les huissiers, les banquiers, devoir me planquer, changer d’adresse... pour la mouise j’ai donné...
- Comme BALZAC en fait !
- Exactement ! Tu me conseilles quoi ?
- Je ne donne ni précepte, ni conseil, seulement un avis personnel qui n’engage que moi... ou alors un aide pécuniaire. Tu dois suivre ton instinct, écouter ton cœur, faire marcher tes neurones, ne pas te précipiter. Si tu as besoin d’un coup de pouce, question relations, je peux te filer quelques coordonnées et après tu te débrouilles... Par contre je verrais bien de te présenter à Josée DAYAN pour un téléfilm en plusieurs épisodes, car j’ai deviné que ce qui te motive c’est BAZAC. Je serai l’Honoré et tu pourrais en être le coscénariste, car Josée préfère garder la main sur les dialogues. On pourrait tourner à Saché, à Passy, dans les Charentes, pourquoi pas en Italie, en Russie. Je suis à mon affaire quand j’ai à interpréter des personnages de grande envergure, au propre comme au figuré : RODIN, DANTON, VATEL, RASPOUTINE, BODU, CYRANO... je me sens aussi bien dans leur peau ou corps que dans leur esprit. Tu me vois jouer un bonhomme malingre, un mètre cinquante au garrot, égrotant, cacochyme, ne buvant que de l’eau, ne fricotant pas, ne baisant pas, se couchant à neuf heures le soir ? Ou alors oui ! Un moine sybarite, dévoué au cellier, à la distillerie, rose et joufflue comme sur les boites de camembert d’autrefois ! Rire.
Après avoir bu deux cafés serrés, une fois dehors César allume un DAVIDOFF qu’il extrait d’un étui en métal.
- Tu fumes ! J’essaie de diminuer à défaut d’arrêter mais c’est dur !
- Le prix des bons cigares me retient d’en fumer beaucoup. mais de temps à autre un "Gran Réserve de Montecristo", cinq ans d’âge c’est comme pour un whisky, un cognac, ou pour un rhum vieilli en fût d’armagnac, ça récompense, ça console, ça réconcilie, ça sublime l’inaccessible perfections des senteurs...
- Sous tes airs de timide, tu es un jouisseur, un épicurien toi ?
- Bon... euh... peut.. enfin je ne sais pas... j’aime tout simplement la vie et ses plaisirs.
- Tu es plutôt Havane ou Saint Domingue ?
- Cela dépend des opportunités ! Un "Partagas" ou un "Léon Jimenes prestige" ne se refuse pas mais pas plus de trente-cinq de diamètre. Les gros cigares, style tige de soixante, barreau de chaise, objet de fellatio, ne sont pas à mon goût...
- C’est bien ce que je pressens... il faut qu’on se revoie.
Mais sur un ton beaucoup plus sec, presque comminatoire :
- Attention ! Si tu viens en Anjou, pas d’entourloupe, pas de copine journaliste, pas d’écornifleur, personne d’autre que toi. Sauf si tu possèdes un chat, j’adore les chats, je leur pardonne tout. Je ne veux pas être importuné par quiconque. C’est moi qui m’approche le premier et pas l’inverse. Tu verras on parlera livres, cépages, cuisine, éventuellement des femmes, on fera des virées dans la région j’y ai de bons copains viticulteurs. Nous ne nous ennuierons pas.
- OK compris... ne t’inquiètes pas, c’est seul que je prends la route et j’entends le rester. Pas même une souris !
En démarrant son Roadster, César qui s’est surpris à tutoyer GD, se demande s’il a rêvé de chimères, trop bu, donné libre cours à son imagination ? En tout cas il est optimiste, se sent libre et enthousiaste.
Le séjour de César au château de Gérard se déroule comme prévu, sans anicroche, meublé de bruyants fous rire ou de moments plus graves, moins superficiels qu’envisagé, de dégustations, de circuits dans les alentours, de longs échanges sur la gastronomie, les voyages, les conquêtes féminines avec drôlerie, souvent avec tendresse, admiration parfois avec regret ou amertume, mais sans jamais citer de noms. au fond comme deux grands enfants parleraient de leurs mères, deux compagnons de leurs sœurs d’arme, deux passionnés de chefs d’œuvres admirés. Pour ce qui est des voyages, César a évoqué un récent périple en Europe de l’Est, entrepris au lendemain de l’incinération de son unique passion paternelle, sa fille Juliette. Tchéquie, Hongrie, Slovaquie, Croatie, Slovénie... et retour par Venise, puis la Côte Ligurienne, non sans avoir gouté des vins italiens autres que le sempiternelle Chianti. Gérard le bas largement au nombre des échappées belles dans le monde. Mais il se montre sobre, préférant s’étendre sur les voyages de HUGO, STENDHAL, FLAUBERT, TAINE. Parce que dit il, à leur époque, ces déplacements signifiaient quelque chose, alors que désormais c’est à la portée de beaucoup de gens et ça fabrique un tourisme de masse, à faire fuir les puristes de la découverte et des descriptions. Il évoque également BALZAC et ses séjours en Ukraine, Russie, Prusse, Autriche et surtout Italie, cette <>, avec ses haltes à Florence, Bologne, où il rencontre ROSSINI, milan où il déçoit le poète MANZONI, qu’il n’a pas lu et où il lui sera reproché de n’avoir fait que de parler de lui, et Venise. César est impressionné par la culture de l’acteur dont on n’a cessé de rappeler les origines modestes, la jeunesse tumultueuse, limite délinquante dans la ville garnison de Châtellerault, les difficultés de langage, mais qui n’a eu de cesse d’apprendre en autodidacte, tout ce que l’école n’a pas eut le temps de lui inculquer. Il est secrètement admiratif de cet homme dont l’aspect extérieur correspond si mal à la finesse de son savoir livresque ou autre, à l’acuité de sa pensée, à la pertinence de ses analyses de l’espèce humaine.
Il ne viendrait pas à l’idée de César de poser la moindre question à propos de Guillaume. Etonnement c’est Gérard qui en parle le premier. Comme si tout à coup ce grand bonhomme qui se déteste assez pour ne pas supporter qu’on ne l’aime pas mais pose parfois des actes qui le font être moqué, critiqué, honni ; comme si ce monstre sacré que la notoriété convoque aux premières places, avait le droit, sans la présence du moindre journaleux, gâte-papier, de dire son incommensurable chagrin et ses remords. Alors César se jette à son tour à l’eau. C’est la première fois depuis ce funeste mois d’août qu’il aborde le suicide de Juliette, qu’il rédige oralement l’ultime chapitre d’un deuil qu’il a mis tant de jours à faire, à cause justement de son refus de revenir sur ce qui s’est passé. Il n’a pas été un<

> d’un genre nouveau, seulement un papa trop absent, du moins trop absorbé par son immense labeur.
C’est souvent ainsi quand on s’enfonce dans la douceur, le moelleux de la nuit qui se fait enveloppante, protectrice, possessive. Elle déshabille les confidences avec les précautions d’une amante zélée, sans rien brusquer, rien précipiter, pour que les nudités de l’âme et du cœur soient telles des œuvres de sculpteurs, de peintres. Pour qu’il n’y ait pas de violence imposée à la part secrète de chacun. Pour que ce qui est volontairement scotomisé ne soit pas souillé. L’essentiel est de n’avoir pas à regretter cet effeuillage, une fois sa pelisse de passant du jour enfilée, pour aller se fondre dans la masse.
Gérard se lève et déclame, comme s’il était à nouveau à Notre Dame de Paris, quelques lignes de SAINT AUGUSTIN exprimant les douleurs ressenties à la mort de son ami : <> Quelle mémoire ! Pour clore le sujet, ils évoquent ensemble <> et s’offrent une échappatoire à l’émotion, refermant l’écrin de cette pudeur masculine si prompt à passer d’un instant d’aveu de faiblesse à une boutade pour qu’il ne soit pas trop crié sur les toits que les hommes savent pleurer, qu’ils ne sont jamais aussi forts que de leurs fragilités, et faibles de leurs vantardises et prouesses de mâles costauds.
Pour avoir le dernier mot, Gérard, après une gorgée de vin blanc, demande à César :
- Est ce que tu sais ce que désigne les "gosses" pour les canadiens ?
- Les moutards, les gamins... je suppose...
- Pas du tout ! Ce sont les testicules, autrement dit les valseuses, les roubignoles, les deux orphelines... donc t’imagines ce que signifie "faire pleurer les gosses" !...
- Ca va j’ai compris, cela ne veut pas dire filer des mornifles aux mômes qui chialent et donc j’en déduis que "arroser les gosses" c’est se pisser dessus !... Ils éclatent d’un rire gras qui les affranchit de toute considération sérieuse et tombent très vite de sommeil dans les fauteuils club de la vaste pièce faisant office de salon. Quelques minutes après ils ronflent de conserve, <>.
Ces deux hommes, partagés entre le goût des plaisirs de la chair, de la ripaille, et la lutte pour ne pas se laisser gagner par la tristesse et le doute, se sont rapprochés autant qu’il est permis , car ils savent ne rien devoir à ce vont devenir leurs paroles. Elles s’envoleront en quelque sorte, une fois chacun retourné à son quotidien... sans transcripteur, sans voleur et transporteur de ragots, rumeurs, sans chapardeur d’indiscrétions, sans pourvoyeur d’indélicatesses, enfin ce qui estampille les gloutonneries des avides de commérages, médisances, colportages. Rien à voir non plus avec ces déballages télévisuels vulgaires, ses inquisitions de caméra dans l’intimité, dont sont friands des mateurs enfoncés dans leur canapé. Pas plus qu’avec ces épanchements trop prompts sur l’oreiller de toutes les compromissions, et ces étalages autour d’une table quand l’alcool sert de prétexte à se déboutonner sans retenue entre rôt et légumes poire et fromage.
C’est un peu comme s’ils avaient convié BALZAC à leur dinette du soir et que le grand monsieur ait ainsi écrit avec eux d’autres pages de la <>, en changeant les noms, les lieux, les causes et leurs effets.
Après ce genre de partage pas toujours voulu pour se renouveler, on se sent moins gêné et moins seul surtout avec sa conscience. Quand il quitte son hôte, César, peut être pas plus léger, mais plus serein, plus projeté vers l’avenir, part en direction de la Touraine, s’arrête au Château de Saché, bifurque vers Nohant, passe par Angoulême, puis se dirige vers l’Aveyron. Avant il fait en Corrèze un crocher par Uzerche. Lui le non adepte du rituel des cimetières à la Toussaint ou tout autre jour, lui qui ne rend pas au columbarium du Père Lachaise où sont placées les cendres de Juliette, préférant attendre de trouver le lieu où il pourra les répandre, voilà qu’il s’arrête devant la tombe des ses parents, qui s’étaient installés dans cette ville à la retraite. Comme si à partir de cet instant clef de sa vie, il devient rassurant de se rapprocher de son père et de sa mère, de se réconcilier définitivement, effaçant les désaccords, les désaveux d’un revers d’attitude, de renouer le dialogue par l’au-delà, de proroger le difficilement prolongeable ici bas, de redevenir l’enfant qui réclame protection, tendresse assentiment, encouragement.
César est attendu au château d’Entraygues, sur les bords de la Truyère, au confluent du Lot. Là s’inscrit l’aboutissement, non de son parcours routier mais de toutes ces semaines de concentration, d’écriture, des heures passées à la BN, des compilations de documents, des fiches tenues à jour, des plannings de rédactions, des nuit d’insomnie à réécrire, corriger ; les affres de l’incertitude en prime. Il va souffler, satisfait d’être parvenu à ses fins, d’avoir rempli son contrat, nourri son dessein.
Dans la salle de garde du château, pas de caméra, de reporter du coin, mais un immense buffet dressé devant l’ancienne cheminée de pierre. Une centaine d’adultes et une trentaine d’enfants de tous âges, conditions humaines, ayant tous pour illustre ancêtre Honoré de BALZAC, né Honoré BALZAC. Ils portent pour patronyme BALSAC, BALSAN, BALSSA, BALSA, BALSANNE, BALZAC, viennent du Tarn, aux frontières du Rouergue, de l’Aveyron, parfois de plus loin de l’est de l’Auvergne, du sud du Languedoc, de Lorraine, d’Ile de France.
C’es en 1771 que Bernard-François BALSSA, le père d’Honoré ainsi que de deux autres enfants, Laure et Henri, fait une démarche à Paris pour changer de nom. C’est en 1831 que son fils Honoré ajoute une particule au sien.
Quand César entre dans la salle d’arme, un homme de haute taille, sous une chevelure blanche flamboyante, très élégant, s’avance et annonce d’une voix forte et bien posée :
- Voici notre ami Victor-Honoré BALZAC, venu tout exprès de Paris. Il a reconstitué à travers ses écrits dans les divers contextes historiques, sociaux, politiques, des époques traversées, l’épopée de la famille BALSSA depuis 1520. Famille qu’on retrouve au XVI ème siècle, avant qu’elle ne se disperse au fil du temps, au hameau de La Brègue, à Canezac, à La Pradelle, aux confins de l’Aveyron. Applaudissons le ! Il mérite notre gratitude pour les quelques quatre mille pages de son récit. Nous allons avoir de la lecture pour plusieurs saisons. Normalement, suivant les dernières nouvelles, les six tomes seront publiés sur deux ans aux Editions du Rouergue, en partenariat avec une éditeurs en Arles. Ah quand la province supplante Paris ! lance-t-il avec de la malice dans le regard et un large sourire aux lèvres.
César quitte la défroque d’un pseudonyme. Tout comme Auguste LE POITEVIN DE L’EGREVILLE, Horace de SAINT ABIN et SAINT ALME tombèrent le masque pour qu’Honoré de BALZAC devienne qui il fut et qui il demeure dans la mémoire collective et pour l’heur de la littérature française et au delà des frontière.
Désormais, il sait et le revendique : <> comme l’écrit BALZAC dans <>. En cet instant et sans que quiconque dabs l’assemblée puisse deviner l’émotion et soulagement confondus, César n’est plus l’"écrivant" mais devient Victor-Honoré : écrivain !
FIN


Publié le 25 août 2014

0 vote



L'auteur

Josseline COY

Âge : 68 ans
Situation : Célibataire
Localisation : LES PEINTURES (33) , France
Profession : animatrice socio-culturel
Voir la fiche de l'auteur