Académie de Cthulhu : ma réponse à son appel innommable !


Par la fenêtre de mon bureau, contemplation de l’onde mystérieuse près de ma cabane de pêcheur. Trépignement de mes doigts pour une agonie débilitante de quelques lignes d’écriture sur mon écran d’ordinateur. Bouteille d’eau de vie de mirabelle à portée de main, regards vitreux vers le tour du lac à la physionomie animée d’ordinaire par quelques joggers ou volatiles, tels canard, cygnes, hérons et autres poules d’eau.
Pourquoi ces reflets de lumière irréguliers à la surface, signes de la survenue d’un événement étrange, destructeur du continuum rationnel de mon existence ? Invasion d’une angoisse inexplicable. Puis, apparition de vaguelettes accompagnées de l’intrusion d’une musique audible de moi seul : articulation par une voix caverneuse de syllabes démoniaques. Sous son joug lancinant, attirance vers un délire indicible. Viol de mon âme effrayée par un bourdonnement insupportable.
Après les vaguelettes, surgissement d’un gigantesque tourbillon. Émergence d’une tête monstrueuse. Domination de mon entité par une masse gélatineuse haute d’au moins deux immeubles. Hypnose d’un ruissellement le long de ce corps monstrueux. Et sur le sommet de cette tête verdâtre aux yeux topaze, l’agitation reptilienne de tentacules horribles. Appréhension d’une odeur putride, avant-goût amer de ma mort. Les yeux écarquillés, vision de l’innommable cause par son absurdité et son horreur d’un effroi encore inconnu de moi.
Prescience de ma paralysie à l’instar d’un pantin impuissant ? Avancée de la créature sans nom vers moi et absence totale de réactions de ma part. Acceptation.
Les yeux clos, retour sur le film de ma vie. Espoirs, illusions et le bourdonnement infernal. Murs dans la tête, odeur de décomposition. Liquéfaction au rythme de la mélopée de cultes tabous depuis longtemps disparus. Mon âme comme les ondulations d’un Léviathan vers les ruines d’une civilisation engloutie. Enfin l’estuaire puis le suaire sur tous mes rêves inachevés. Condamnation et destruction. Au suivant.
(extrait incomplet d’un auteur atteint d’une aphasie du verbe ; pour seul vestige de son existence, une flaque verte et visqueuse à côté de son fauteuil incliné en mode transat)


Publié le 12 mai 2014

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L'auteur

Jean-Baptiste Messier

Âge : 47 ans
Situation : Union libre
Localisation : Metz (57) , France
Profession : Informaticien
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