Le départ


An 12, Décade 32, Miroir aux Fées, entrée du Val sans Retour, l’Arbre d’Or.

Elle avait quitté la route et prit un petit sentier entre les arbres. La clairière n’était plus très loin, il fallait qu’elle accélère le pas. La lune brillait au dessus de la forêt, elle était pleine et ronde éclairant de toute sa lumière le chemin à travers les arbres.
Elle ne devait surtout pas s’arrêter. Elle savait qu’ils la traquaient depuis plusieurs jours épiant chacune de ses sorties ; ils pouvaient la retrouver et voler la dernière preuve de leur passage sur cette planète. Elle ne pouvait pas les laisser saisir le Mangador, le dernier élément qui devait être enfoui en sécurité loin des convoitises des hommes.
Le temps n’avait plus d’importance ; elle était immortelle et nul ne pourrait découvrir le secret que renfermait l’objet. Elle reviendrait mais elle ignorait le temps qui s’écoulerait d’ici là. Elle devait confier l’objet au royaume des arbres. C’était le dernier des trois éléments du Gondwana. Les deux autres avaient été enfouis dans deux endroits très éloignés les uns des autres.
Maintenant sur cette planète, il lui restait très peu de temps ; le vaisseau était arrivé depuis quelques jours et elle avait reçu le signal attendu. Il ne resterait qu’une poignée d’heures. Elle ne devait pas rater le départ car la jonction ne se ferait à nouveau que dans mille ans et elle avait déjà passé trop de temps sur terre.
Elle courrait à perdre haleine, le cœur battant, comme mille tambours, comme le martèlement des sabots des chevaux lancés à plein galop sur la route. Il ne fallait pas qu’elle s’arrête, elle devait arriver vite avant le début du grand déluge. Déjà, la pluie avait commencé à tomber doucement collant sa tunique à sa peau. Son pantalon était ruisselant. L’eau s’infiltrait dans son cou et coulait le long de son dos. Elle se faufilait sous son vêtement le laissant coller à sa peau couleur cannelle. Elle glissait sur ses longs cheveux roux qui retombaient en longues mèches collées sur ses épaules et ses reins et elle trempait son visage. Le sol détrempé était glissant et des odeurs de terre et d’herbe mouillée montait jusqu’à ses narines. Ses yeux d’un bleu électrique fixaient le chemin pour ne pas trébucher sur les racines des arbres. Elle n’avait pas besoin de la lumière de la lune, ses yeux voyaient mieux qu’en plein jour.
Sous la pluie, elle continuait malgré tout, son sac passé en bandoulière sur sa poitrine qui battait sur ses jambes avec régularité. Son armure légère couvrait juste le haut de son corps. Elle portait, aussi passé en travers de son torse, son arc et un carquois de flèches. Sawa, le petit animal qui ne la quittait jamais la suivait en trottinant d’une démarche mécanique. Il poussait des petits cris pointus à intervalles réguliers. Elle se retourna et leva la main au dessus de lui puis l’abaissa vivement sans prononcer un mot. La bête s’arrêta net et resta immobile un moment avant de reprendre sa route derrière elle sans un bruit.
Elle ne devait pas perdre de temps car il était compté ; il restait juste quelques heures avant que la terre soit noyée complètement. Elle se répétait celà pour ne pas se décourager. Elle se dirigeait sans hésitation. Elle connaissait la forêt par cœur, elle pouvait la parcourir les yeux fermés. Encore une rangée d’arbres et elle serait dans la clairière de l’Arbre d’Or. Elle redoubla d’effort.

Enfin, elle aperçut l’arbre qui attendait sa venue, majestueux avec sa frondaison magnifique de feuilles dorées. Il était le plus beau et le plus haut de toute la forêt. Elle s’approcha, le salua profondément, toucha son écorce rugueuse du bout des doigts et le caressa doucement. Elle le sentit vibrer sous la paume de sa main. Elle posa son arme le long de l’arbre, s’agenouilla, ouvrit son sac et sortit la boule d’acier bleue de la taille d’une orange enveloppée dans un linge. La sphère tenait juste dans sa main et illuminait son visage, elle prononça une incantation dans la langue sacrée du peuple des Lointaines Galaxies et la déposa au sol. Puis elle pointa le doigt vers le sol qui s’ouvrit doucement comme un cicatrice dans la terre. Elle saisit la boîte en métal bleu irisé qui se trouvait au fond du trou et la posa près de la boule. Sur le couvercle en lettres noires, on pouvait lire « Amutha Idika Oma Sajani ». Elle mit un doigt sur le rebord de la boîte, le couvercle se souleva sans bruit même pas un déclic. Elle posa la boule au fond sur une sorte de gel d’un bleu lumineux, referma la boîte comme elle l’avait ouverte. Le coffre déposé au même endroit, elle refit le même geste, la terre se referma. Plus rien n’était visible.
Sajani regarda l’arbre et leva les bras vers le ciel. Les branches basses se plièrent doucement vers elle et effleurèrent son visage en frémissant dans la douceur de l’air. En pensée, elle lui confia le trésor.

Elle fit alors demi tour et repartit en courant. Il fallait rejoindre l’abri avant la nuit et là bas, Âdhavan l’attendait. Elle savait qu’il leur faudrait ensuite rejoindre le vaisseau avant la seconde lune. La pluie redoublait, dans l’ombre des bois, elle frissonna. Elle se retourna une dernière fois ; elle savait qu’elle ne reverrait jamais l’Arbre sacré. Enfin ils allaient rentrer chez eux et quitter la terre qui les avait accueillis si longtemps.


Publié le 18 août 2014

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L'auteur

Miet

Âge : 64 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : SEVRAN (93) , France
Profession : Cadre Fonction Publique
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