Victimes ou bourreaux


Blanche se dressa au-dessus du vide. La violence des rafales qui lui cinglaient le visage et faisait flotter sa longue chevelure brune, n’avait d’égale que son désespoir. La falaise abrupte dominait la mer qui se déchainait une vingtaine de mètres plus bas. Le combat que se livraient l’eau et la roche la fascinait. L’écume blanche qui revenait immuablement à la charge, pour se fracasser sur les rochers déchiquetés, encore et encore. Les nuages bouillonnants, portés par des vagues pouvant atteindre dix mètres, naissaient et mouraient inlassablement. Leur frémissante mousse blanche se perdait dans l’eau sombre et profonde, pour renaître sempiternellement, insignifiante ou impressionnante, dans une promesse d’éternité. Parfois, l’assaut se changeait en caresse qui léchait délicatement la pierre, au lieu de la frapper. Mais le résultat ultime demeurait le même, le liquide érodait le solide avec une patience millénaire.
La peur instinctive du vide se mêlait à une irrésistible attraction. Rejoindre le seul être qui ne l’avait jamais abandonnée, échapper à celle qu’on l’avait contrainte à devenir pour survivre et venger son amie Jade…
Jade. La douceur personnifiée, alliée à une intelligence qui l’avait hissée au rang des chercheurs les plus réputés, lui manquait terriblement. Le rêve de sa vie se résumait à aider les autres, mais cette quête l’avait fait mourir prématurément, alors qu’elle s’apprêtait à toucher son but. La vengeance laissait à Blanche un goût amer, sans lui procurer le soulagement escompté, la condamnant à la fuite perpétuelle. Elle se sentait si seule, si fragile, si insignifiante devant la puissance et l’immensité de l’océan.
Elle sursauta au son de la voix masculine qui se mêla au bruit du vent et du ressac.
-  Tu ne peux pas faire ça !
-  Comment m’as-tu retrouvée ?
-  Grâce au portable que tu m’as volé et à mes bonnes relations avec la police.
Une pointe de culpabilité assaillit Blanche à l’idée d’être démasquée. Damien avait donc conscience qu’elle l’avait manipulé depuis le début, comme tant d’autres, pour arriver à ses fins. Pourtant, il l’avait soutenue et aidée dans sa quête de vérité, et nourrissait même un sentiment romantique à son égard. Elle avait tout gâché !
-  Tu ne peux pas abandonner maintenant ! Je dois continuer les recherches de Jade et les faire aboutir. Nous lui devons bien ça ! argumenta Damien avec conviction.
Sans un mot, Blanche sortit de son sac le volumineux dossier, qu’elle avait dérobé au meurtrier de son amie, après l’avoir froidement assassiné, et le tendit au plus riche et brillant chercheur de la planète.
-  Tout est là. Je préfère te le confier plutôt que de le laisser entre les mains de ceux qui n’aspirent qu’à le détruire, ou à le proposer à des prix indécents.
-  Je me fous des bénéfices, tu le sais. Je préfère offrir à l’humanité un vaccin qui fragilisera toute l’industrie pharmaceutique, plutôt que de le garder pour moi.
-  Alors tu es un fou ! La triade n’est pas vaincue, les têtes qui sont tombées seront vite remplacées. Ils te pourchasseront, comme ils l’ont fait avec Jade et moi.
-  Qu’ils essaient !
Il marqua une pause avant de reprendre.
-  Et tu as raison, je suis un fou.
Un rire inquiétant retentit.
L’expression du débonnaire docteur se fit si cruelle, que Blanche tressaillit. Pour la première fois, une lueur machiavélique brillait dans ses yeux, dont le bleu se fit glacial. Il avait ôté ses lunettes aux montures épaisses et redressé ses larges épaules. Il lui évoqua Clark Kent qui se change en superman, ou du moins en une version bien moins esthétique et bien plus malfaisante. Sa bouche fine s’étirait en un rictus mauvais et satisfait. Comme un joueur de poker, pressé de révéler un jeu bien meilleur que ce qu’il n’avait laissé paraître. La part la plus sombre et tortueuse de son être remontait à la surface, éveillant le doute dans l’esprit de Blanche. Depuis tout ce temps, elle pensait manœuvrer dans l’ombre, se servant de la naïveté de l’homme qui lui faisait face, pour atteindre ses objectifs. La marionnette n’est pas toujours celle que l’on croit, se dit-elle, alors que le regard qu’elle croisait se vidait de toute expression. L’homme qui l’avait aidée à traquer ses proies et à échapper aux menaces, n’était pas là pour la sauver une fois de plus, il s’apprêtait à la tuer ! Il l’avait laissée faire la sale besogne à sa place, tout en convoitant le même objectif. Aveuglée par la douleur, elle n’avait perçu que les avantages qu’il lui fournissait, pensant l’utiliser alors qu’elle servait ses desseins. Sa gentillesse et ses attentions l’avaient dupée pendant tout ce temps, trompant la méfiance instinctive qu’elle accordait à autrui.
Deux mains s’abattirent subitement sur ses épaules pour la faire basculer dans le vide. Son désir de mourir s’envola en même temps que son corps et que ses dernières illusions. Le temps sembla se figer durant sa chute, seulement accompagnée par le bruit du vent. A quoi bon crier ? Son envol s’acheva brutalement. La mer l’accueillit comme l’aurait fait la roche sur laquelle elle s’écrasait. Les ténèbres l’engloutirent.
La lumière éblouissante lui brula les pupilles. Blanche referma les yeux et tenta de rassembler ses souvenirs. La falaise. La trahison. La chute vertigineuse. L’impact. Elle se souvenait de tout. Un bruit régulier attira son attention et la força à rouvrir les yeux. Elle cligna plusieurs fois des paupières avant que sa vision ne soit nette et qu’elle puisse découvrir son environnement. Un moniteur cardiaque bipait au rythme de son cœur, une perfusion la reliait à une poche suspendue, qui contenait un liquide légèrement rosé. Elle reconnut une chambre de la clinique privée de Damien, avec ses murs vert pastel, son mobilier jaune paille et ses rideaux bordeaux. La peur la galvanisa et elle ne songea qu’à fuir. Ses mains tressaillirent légèrement, mais refusèrent de bouger. Aucune sensation n’émanait plus du reste de son corps. Ses jambes inutiles reposaient sous le drap blanc et la terreur la terrassa. Elle allait devenir un rat de laboratoire, fournissant à la demande les cellules indispensables à la fabrication du vaccin. Un sort bien pire que la mort ! Des voix qui se rapprochaient la forcèrent à se reprendre et à feindre l’inconscience. La porte s’ouvrit pour laisser entrer deux personnes, qu’elle reconnut aussitôt.
-  Son état s’est stabilisé plus vite que nous le pensions. Ses cellules se régénèrent cinq fois plus vite que la normale. Ses multiples fractures sont pratiquement toutes consolidées, mais sa lésion étendue de la moelle épinière s’avère être un dommage irréversible , disait Damien.
-  Elle ne retrouvera jamais l’usage de ses bras ni de ses jambes. Par contre, son activité cérébrale présage un réveil imminent, répondit une voix qu’elle aurait reconnue entre mille.
-  Je la préfère dans les vapes, rajouta Damien, avec une touche de cynisme.
-  Ne sois pas cruel, elle a fait du bon boulot en éliminant tous nos concurrents et en récupérant le dossier volé ! De plus, ses particularités génétiques vont faire de nous des célébrités pour les siècles à venir. Son système immunitaire unique éradique tous les agents pathogènes connus, mais sa faculté de régénération exceptionnelle reste à approfondir. Dire que sans ses multiples blessures résultant de sa tentative de suicide, nous serions passés à côté !
-  Je n’ai pas pu la retenir mon cœur, je te le jure ! mentit Damien, avec un léger trémolo dans la voix.
Blanche restait stupéfaite devant sa performance d’acteur qui aurait mérité plusieurs Oscars.
-  Je sais mon amour, le rassura la douce voix. Je suis si triste d’avoir simulée ma mort pour la faire réagir. Tous avaient reçu pour consigne de la garder en vie pour d’autres prélèvements, elle seule pouvait anéantir nos ennemis et récupérer notre précieux travail sans risquer de se faire prendre. Jamais ils n’auraient pu imaginer qu’elle fasse preuve de tant de détermination !
La douleur dans la voix de celle qu’elle avait tant pleurée bouleversa Blanche, mais sa fourberie la torturait davantage. Comment avait-elle pu l’abuser de la sorte ? Elle avait fait tout ça pour elle ! Elle était devenue une criminelle pour la venger ! La rage chassa la peine et la fureur délogea l’affection qui subsistait.
-  Viens là mon cœur, murmura l’homme, avec une feinte bienveillance.
Blanche entrouvrit discrètement les paupières pour surprendre le spectacle malséant de leur baiser. Son cerveau fonctionnait à plein régime, malgré son immobilité forcée. Un plan aussi infâme que celui dont elle était victime se profila dans son esprit, qui n’avait rien perdu de sa vivacité. Elle cligna des yeux et marmonna d’une voix pâteuse.
-  Où suis-je ? Que m’est-il arrivé ?
Aussitôt, le couple maléfique en blouse blanche se tourna vers elle. Elle croisa le regard chocolat de celle qui fut sa meilleure amie sans ciller. Sa nouvelle coupe de cheveux la faisait paraître plus jeune et plus sophistiquée, en dégageant son visage mince aux larges pommettes et aux lèvres épaisses. Elle reporta son attention sur Damien, avant de continuer.
-  Qui êtes-vous ?
Après un regard complice à son compère, Jade annonça d’une voix empreinte de commisération, celle que l’on réserve habituellement aux enfants pour les rassurer.
-  Vous êtes à l’hôpital, vous avez eu un accident qui vous a fait perdre l’usage de vos bras et de vos jambes. De quoi vous souvenez-vous ?
Blanche les fixa de ses yeux hagards, avant de répondre en sanglotant d’une voix aigüe.
-  De rien ! Je ne me souviens de rien ! Je ne sais même pas qui je suis !
-  L’amnésie est fréquente après un traumatisme comme le vôtre, la rassura celui qui avait repris l’apparence d’un bon professeur. Vous êtes restée des semaines dans le coma. Ne vous inquiétez pas, nous allons vous administrer les meilleurs soins !
-  Mais je vais pouvoir remarcher ?
-  La tétraplégie est irréversible. La moelle épinière a été endommagée au niveau de votre nuque, je suis désolée, lui annonça Jade, avec toute la douceur qui la caractérisait.
Blanche ne dût fournir aucun effort pour laisser éclater son désespoir, avant de céder à une fatigue aussi soudaine qu’irrépressible.
-  Je suis exténuée, lâcha-t-elle dans un souffle, avant de fermer les yeux et de feindre de s’endormir.
Elle attendit de se retrouver seule pour peaufiner les détails de son plan diabolique. Son poing se serra faiblement. Son orteil droit frémit. Sa guérison impossible avait déjà commencé, mais personne ne le découvrirait. Il ne lui restait plus qu’à attendre.
La patience avant la vengeance.
Le rôle de sa vie dura deux mois. La nuit venue, elle profita de sa connaissance du lieu, pour évoluer librement dans la clinique. Il lui avait fallu deux semaines pour réussir à bouger ses membres condamnés et trois de plus, pour parvenir à marcher. Elle avait enduré des douleurs insoutenables, mais n’avait jamais failli. Sa volonté implacable se nourrissait de sa colère, qui enflait chaque jour devant le manque de scrupules de ceux qui l’avaient aliénée. Son amnésie les arrangeait bien ! La docilité et l’impuissance de leur cobaye, sur lequel ils ne cessaient de prélever des échantillons uniques, les comblaient si bien qu’ils en oubliaient toute prudence.
Blanche revisita l’armoire à pharmacie, où elle avait dérobé la toxine paralysante dont elle s’était servie pour immobiliser son dernier adversaire, avant de déclencher sa crise d’asthme mortelle. Elle savait désormais que Damien ne l’avait pas emmenée là par hasard ! Cette ordure s’était contenté d’agiter sous son nez ce dont elle avait besoin, poussant la perversité à son comble en se rangeant du côté des victimes. Il allait payer, se répétait-elle inlassablement. Des heures durant, elle fignola chaque infime détail de son plan. Le plus difficile fut de continuer à simuler la paralysie, sans jamais tressaillir quand les aiguilles qu’elle n’était pas sensée sentir se plantaient dans ses veines, s’abstenir d’esquisser le plus infime mouvement en présence d’autrui. Sa concentration était telle, qu’elle surmontait même sa nausée lorsque ce monstre la violait, après lui avoir administré une quelconque drogue, supposée l’assommer pour plusieurs heures. Mais son organisme combatif l’éliminait en quelques minutes, la condamnant à l’immonde contrainte de conserver une totalement passivité pendant qu’il s’affairait. Heureusement, son calvaire ne durait jamais longtemps car l’homme haletant ne tardait pas à laisser échapper un immonde râle satisfait. Elle avait serré les dents ! Elle allait enfin toucher son but !
Comme tous les mardis, les infirmières corrompues étaient de repos et Jade arriva vers neuf heures pour lui donner ses soins, avant d’aller au laboratoire secret, qui se trouvait dans le même bâtiment. Comme toujours, elle vida le bassin de Blanche et après une toilette des plus sommaires, préleva son sang. Elle remplissait le troisième flacon lorsqu’une main la saisit. Elle sentit la piqure sur son épaule. Ses yeux s’arrondirent comme deux billes et sa bouche s’ouvrit largement sous l’effet de surprise, avant que ses muscles ne cessent de fonctionner. Elle s’écroula comme une vulgaire poupée de chiffons et perdit connaissance, quand sa tête heurta brutalement le sol. Lorsque sa conscience revint, elle était assise sur le fauteuil, incapable d’esquisser le moindre geste, dans l’impossibilité même d’entrouvrir plus grand ses paupières. L’horreur la submergea. Le silence. L’immobilité absolue. Les minutes. Les heures…
Puis un bruit de pas fit renaître l’espoir. La porte s’ouvrit. La voix de Blanche chuchota au nouveau venu.
-  Bonjour beau professeur ! Elle s’est endormie, je ne sais pas ce que vous faites la nuit, mais elle est épuisée !
-  On va la laisser dormir alors ! murmura Damien, manifestement flatté.
-  Elle a beaucoup de chance ! J’aimerais avoir des nuits plus excitantes, rajouta la jeune femme, provocante.
-  Oh, la petite coquine, reprit l’homme, visiblement ravi.
-  J’aimerais tant un petit baiser, mais ce ne serait pas correct, vis-à-vis de votre fiancée.
-  Elle dort ! Quand elle s’écroule comme ça, rien ne peut la réveiller. Un petit baiser…
Il s’avança, le regard lubrique, victorieux devant les avances de celle qu’il n’avait possédée qu’inconsciente. Il s’empara en conquérant des lèvres chaudes de la jeune femme immobile, qui s’offrait enfin à lui. Son mouvement le surprit autant que l’aiguille qui se planta dans sa chair.
-  Vipère ! Tu m’as…
La substance expérimentale le figea avant qu’il ne termine sa phrase injurieuse.
-  Je t’ai eu ! L’arroseur arrosé arrose de nouveau !
Contrairement à sa fiancée bafouée, il atterrit confortablement sur le lit, une expression haineuse plaquée sur ses traits figés.
-  Tu es trop lourd pour que je puisse te manipuler, mais ma mise en scène doit rester plausible, expliqua calmement Blanche, en le retournant et en positionnant sa tête sur le coussin.
La jeune femme déplaça ensuite le fauteuil et entrouvrit les paupières de Jade, afin que les amants se retrouvent face à face.
-  Les yeux dans les yeux, c’est comme ça que vous allez mourir, c’est si romantique !
Elle les abandonna un court instant à l’épouvante qui débordait de leurs regards larmoyants. A son retour, elle portait les vêtements laissés dans la chambre par l’infirmière de nuit. Un sourire aux lèvres, elle reprit.
-  Bon je crois que je vous dois quelques explications ! Comme vous le voyez, mon organisme a une fois de plus réussi l’impossible en guérissant de blessures incurables. Alors que vous me croyiez hors-jeu, je préparais ma revanche. J’ai été si naïve durant ces derniers mois ! Mais j’ai suivi l’enseignement d’un joueur redoutable, n’est-ce pas Damien ? Tu as tout organisé depuis le début, mais tu n’as gagné que la première manche, sans te douter que la partie continuait ! J’ai récupéré dans ton bureau les faux papiers que tu voulais m’offrir, du temps où tu me faisais la cour, tu te souviens ? Je m’appelle désormais Karine Dutil. Ah, j’ai également trouvé la photocopie de mon certificat de décès, qui me libère des persécutions de la triade. Je t’en remercie ! Grâce à toi, je vais pouvoir commencer une nouvelle vie avec mon bébé. J’aurais préféré une mort plus brutale pour vous deux, mais lorsque le corps de Damien sera exhumé pour une recherche de paternité, il doit être intact. Et oui Jade, ton psychopathe de fiancé était aussi un violeur. Mais il serait dommage que sa fortune ne revienne pas à son héritier ! J’espère que mon enfant me ressemblera…
Bon, il est l’heure ! Je vais quand même vous expliquer comment vous allez quitter ce monde, c’est la moindre des choses ! J’ai fait des recherches sur internet, chaque fois que Jade oubliait sa tablette dans la chambre, ce qui était assez fréquent. Une vraie tête en l’air cette Jade ! Personne ne s’étonnera de la bosse sur sa tête, tous ceux qui la connaissent savent qu’elle se cogne toujours partout. J’ai donc découvert sur le web que le matelas du lit d’appoint, dégageait des substances hautement toxiques quand il brulait. Vous ne sentirez rien ! L’incendie ne se propagera pas, car il n’y a rien d’inflammable à proximité. Il faut que l’ADN du père de mon futur bébé reste aisément identifiable ! La toxine paralysante agira encore quelques heures, mais elle restera indécelable à l’autopsie, comme ce fut le cas avec Roger. Je reste persuadée que les infirmières recrutées illicitement se feront discrètes, et ne prendront pas le risque de se dénoncer pour vous couvrir. Bon sur ce, fini de jouer, une nouvelle vie m’attend !
Blanche versa un peu d’alcool à 90° sur le drap avant de jeter une cigarette de Damien allumée dessus. Elle embrasa le liquide à l’aide d’un briquet et partit sans se retourner.

Karine Dutil dégustait sa coupe de Champagne, tout en contemplant la mer turquoise, depuis la terrasse de la villa, où elle avait élu domicile depuis un an. Les vaguelettes glissaient sur le sable blanc de ce petit coin de paradis, se parant de mille reflets scintillants, tels de minuscules diamants emportés par l’onde cristalline. La mousse aérienne s’échouait délicatement sur la plage, telle une caresse qui se prolonge avant de mourir, pour laisser place à une autre et repartir rejoindre les flots translucides, merveilleux dégradé émeraude et turquoise. La légère brise tiède ne parvenait à ébouriffer sa courte chevelure platine, qui dégageait son visage au nez affiné par la chirurgie esthétique. Méconnaissable, elle profitait de sa nouvelle existence loin des menaces de la triade maléfique, du corbeau qui l’accablait de ses énigmes et de ses faux amis qui l’avaient si cruellement abusée. La reconnaissance de paternité de sa fille Kiara, unique héritière de l’empire de son géniteur victime d’un tragique accident, n’avait été qu’une bataille de plus. Elle avait payé le prix fort pour sa liberté. Donner la vie avait radicalement transformé la meurtrière en mère aimante, occultant les conditions douloureuses de sa conception. A sa merveilleuse fillette qui allait fêter ses deux ans, elle avait transmis ses formidables spécificités génétiques, qui avaient déchaîné tant de convoitises. L’enfant n’avait jamais contracté le moindre virus depuis sa naissance. Ce moment unique avait bouleversé sa vie, en éveillant l’amour le plus extraordinaire qui soit. Son prodigieux métabolisme avait apaisé ses blessures physiques plus vite que celles de son âme. Après des nuits agitées, elle avait néanmoins surmonté son traumatisme, en se raccrochant à la pureté et à la puissance de l’amour qu’elle portait à son enfant.
Blanche Mercy était morte et ne risquait pas de ressusciter !
Parfois, les pires cauchemars enfantent des rêves sublimes.


Publié le 18 août 2014

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L'auteur

Stéphanie Bénoliel

Âge : 47 ans
Situation : Union libre
Localisation : Lachapelle sous Aubenas (07) , France
Profession : Animatrice
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