L'art de la vengeance


Ce soir sa décision était prise. 10 ans à supporter ce personnage, 10 ans à supporter ses humiliations, ses mensonges, ses trahisons et autres mesquineries.
Elle avait pourtant voulu croire, elle lui avait pourtant tout donné, sans condition, convaincue de la force de leur amour, convaincue qu’ils grandissaient ensemble en apprenant l’un à travers l’autre. Qu’ils avançaient ensemble, sans se quitter des yeux. Qu’ils se propulsaient chacun sur leurs propres chemins, respectueux du rythme de chacun, une envie et une soif d’apprendre inépuisable.
Qu’ils s’autorisaient à être pleinement et simplement, tout en se protégeant mutuellement de tout ce qui pourrait blesser l’autre mais sans jamais l’empêcher de se défendre lui-même. Deux individus complets et libres ensembles qui n’attendaient rien de l’autre mais qui avaient tout à lui offrir…

Mais ce soir, plantée devant leur couche, alors que seules quatre larmes silencieuses ont coulé, elle ne peut plus nier, elle le regarde enfin tel qu’il est : manipulation et désir de nier l’autre, en même temps que recherche sans fin de l’autre pour le vampiriser et se valoriser à ses dépens. Il n’a fait que l’exploiter durant tout leur chemin de vie. Ceci est d’une violence inouïe, mais insidieuse. Car c’est un véritable pervers et donc un merveilleux comédien, un Dr Jekyll et Mr Hyde en puissance, qui, pour ne pas tomber dans la schizophrénie, instaure une relation schizophrène. Un être qui agit "par-derrière" et dont on ne se dépêtre qu’avec la plus grande difficulté.
Il n’est rien d’autre qu’un "délinquant relationnel », parfait produit de cette ancienne société oedipienne, mais où l’on a tué Dieu et ou ne l’a pas remplacé et où par la force des choses nous évoluons plus que jamais dans une société narcissique qui manque cruellement de pères.
Elle encore moins qu’une autre, avec son schéma familial bancal, aurait pu le voir venir. Bien qu’à nombreuses reprises les signes auraient dû lui mettre la puce à l’oreille... Mais non, malgré qu’il soit comme un adolescent caractériel qui ne supporte aucune frustration, capable de changer d’état émotionnelen un instant, que ses pulsions sont primaires et ses attitudes aberrantes. Qu’il fasse du chantage sous toutes ses formes, les pressions, la violence et même la rage.

Il a un sentiment de toute-puissance qui le fait se sentir au-dessus des lois et des limites de notre société. Pour lui, la « cause justifie tous les moyens » et efface toute notion de moralité et de respect de l’autre.
Il l’avait entrainé si loin, dès les premiers mois de leur rencontre, à vouloir essayer les clubs échangistes, à consommer la sexualité comme d’autres consomme l’héroïne : frénétiquement, compulsivement, brutalement, jamais rassasié, en recherche perpétuelle d’un plan cul, d’une rencontre baise sur un quelconques site de rencontres. Mais elle s’était vu comme une pauvre oie blanche, sans saveur, sans piment, pleines de tabous d’un autre temps … elle avait voulu croire qu’après tout cela pouvait être fun, ponctuellement, quand l’occasion se presentee, quand une synchronicité d’envie, de lieu, de personnes se manifestaient … Et là encore elle a voulu le comprendre, le croire, elle avait même eu la faiblesse de croire à ses : "Je t’aime » même s’ils étaient toujours suivis par un « mais..." et toute une liste de raisons pour ne pas l’aimer.
Finalement pour ne pas assumer sa folie, il l’avait poussé elle est devenue folle.

Certains lui avaient dit : « humilie il en crèvera « , elle n’avait pas pu elle était trop généreuse, sincère, ouverte aux autres, préférant s’inscrire dans le désir de l’autre plutôt que d’exposer le sien, elle n’avait pas pu.
Ce soir elle en avait par contre bel et bien fini …bien il allait maintenant payer le poids de cette responsabilité qu’il avait toujours fuie. Elle venait enfin de s’éveiller. Elle avait enfin compris que « elle ETAIT « et cela l’avait enflammée comme elle seule sait le faire, avec toute la puissance de son empathie.

Il remua dans son sommeil , son visage fut baigné du clair de lune, quelque temps auparavant elle aurait pu s’émouvoir du visage de l’homme qu’elle avait tant aimé. Mais pas ce soir… Elle s’avança lentement vers lui, la pointe du couteau vers le bas. Elle avait la sensation de flotter plus que de marcher. La drogue qu’elle avait mise dans son verre lors de ce qu’elle savait être leur dernier repas avait agi plus vite que prévu.
Elle avait eu juste le temps de l’entrainer vers le lit avant qu’il ne s’écroule terrassé .
Elle était maintenant tout pres, elle distinguait son soufflé régulier. Elle s’approcha encore plus lentement et delicatement fit glisser le drap sur le corps de son époux jusqu’à le découvrir, totalement nu.
Sans aucune hesitation, elle leva la lame et trancha les partis, les cheres, les vénérables, les si importants attributs de celui qu’elle avait choisi comme le père de ses enfants.

Un geste qu’elle finit dans un hurlement sans fin :
- « il est tranché le sale petit égoïste « 


Publié le 7 août 2014

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L'auteur

fausta philippoussis

Âge : 41 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Las Vegas (89) , États-Unis
Profession : entrepreneur
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