Quand faut rentrer chez soi, on rentre !


Et voilà, fin de l’aventure, il est temps de replier les gaules… et puis la toile de tente.
Ce samedi matin, comme d’habitude, Bison Futé nous conseille de traîner un jour de plus et de ne partir que demain matin à la fraîche. Mais Bison Futé, il ne connaît pas les prix à la journée et les forfaits de sept jours plus avantageux. Et les copains « brigadiers au 36, quai des orfèvres » qui réussissent à boucler tant bien que mal leurs fins de mois, on les rappelle durant leurs congés pour les foutre à l’ombre. Alors zut à Bison Futé et retour sur Paname. D’ailleurs, les copains me manquent, et ils n’attendront pas la sortie de mon livre pour découvrir toutes les péripéties de mes vacances. Il va en falloir des tournées pour raconter tout ça.
Nous rentrons sans la pauvre Mathilde que les bouchons ne gêneront pas trop en ambulance noire réfrigérée. Elle va voyager couchée sur un matelas bien capitonné, très bon pour son dos, anti-escarres et conseillé pour les hémorroïdaires acariâtres. On ne l’entendra pas se plaindre de la musique non plus. Brave Mathilde, elle avait beau avoir un balai plus intelligent qu’elle, pas si bien dissimulé d’ailleurs, elle va me manquer, car c’est sûr, elle ne reviendra pas cette fois, surtout quand on sait ce qui lui est passé par la tête.
Non, c’est pas vrai, elle ne me manquera pas, surtout que Lola, sa fille, m’a laissé bon espoir pour une éventuelle visite dans son appartement du seizième, quand elle se sentira un peu mieux et que la rançon actuellement sous scellés sera reversée sur les comptes de la vieille et intégrés à son héritage. Jolie, intelligente mais pas trop, toujours accroc semble-t-il aux caïds des bacs à sable, mais aussi de la BAC des plages, et bientôt riche… très riche, si le gars du 36 quai des orfèvres (encore lui, encore inconnu du grand public et déjà si célèbre) ne donne pas trop d’idées aux gendarmes du coin. Pour rentrer, elle a quand même préféré l’avion en première classe. Son camping-car reste chez Mimile le mécano, charge à lui de le vendre un bon prix, surtout qu’il touche une commission au pourcentage dont le taux augmente à chaque tranche de deux mille euros.
Je jette un dernier coup d’œil sur la plage. C’est bien triste de quitter le pays basque alors qu’il y fait encore beau. La mer ne rejette pas tous les jours des cadavres avec tout plein de coquillages accrochés dessus, enfin, quand je n’y suis pas en tout cas. Comme si j’avais été le responsable de cette épidémie. Il a de l’humour, le patron qui me tend son addition. Néanmoins, faut dire que ce n’était pas bon non plus pour le tourisme.
Son mois de juillet sera peut-être amputé d’une bonne partie du bénéfice escompté mais on dirait qu’il a voulu se refaire un peu sur ma pomme. La taxe de séjour n’a pas encore flambé que je sache.
Ah la vache, la nuit de l’inondation, il nous l’a comptée comme « hébergement sécurisé » et c’est à moi à me la faire rembourser par mon assureur.
J’ai à peine dormi deux heures moi cette nuit-là, et je suis en plus allé lui « chercher des clients » pour son gymnase aménagé dans les campings voisins qui s’obstinaient à couler avec leur tente confiants en leurs matelas gonflables pour rester au sec.
Je paie sans soupirer trop fort. Il tient quand même à m’offrir un petit verre. Dix-heures trente, c’est un peu tôt pour une sangria, mais il n’y a pas d’heure pour une bière. Par prudence, je n’appelle pas Emmanuel en train de faire le tour du véhicule pour une dernière inspection de sécurité.
C’est aussi l’occasion de mâter encore une fois le décolleté de Sandra (mais quels oreillers !), des spectacles comme celui-là, même quand on a rencontré l’amour, on ne s’en lasse pas. Il est curieux qu’aucun éditeur de cartes postales n’ait pensé à réaliser un cliché avec un tel buste. Une paire de seins comme celle-là, il n’en pousse qu’une par siècle, mais bon, je crois vous en avoir déjà tellement parlé que je m’abîme cette fois sans remord, ni mot à leur seule contemplation, tout en faisant décemment semblant d’écouter attentivement Tonio.
Je ne résiste pas à la tentation d’une seconde bière. D’ailleurs, tout le monde sait que c’est seulement à partir de la troisième que les ennuis commencent.
En fait, bon, j’aurais peut-être dû partir il y a cinq minutes comme c’était initialement prévu. Là-bas, sur la plage, Alexandre le bienheureux pêcheur rentre, son filet plein attirant la populace des baigneurs aussi sûrement qu’un camembert trop fait attire les mouches. Et voilà le maître-nageur gentil organisateur du camping qui rapplique en courant.
« Patron, patron, encore un patron »
Tonio me foudroie du regard
—  Dis banane, fais-je au gélifié, ton cadavre, il n’a pas un pantalon noir et une marinière rayée en bleu par hasard ?
—  Si, acquiesce-t-il, vous le connaissez ?
—  Pas vraiment. Écoute Tonio, je suis désolé, mais la nuit dernière, bien sombre je te rappelle, sur le cargo russe, finalement il est possible que certains marins aient chuté avec leur ration de pastilles valda dans le buffet. Je peux pas te dire combien, j’ai pas compté les ploufs. Nous étions deux aussi ! Qui sait combien Emmanuel en a eu de son côté ?
—  Y’a pas que la nuit qui était sombre sur ce cargo.
—  Restons polis et bons amis Tonio. Là, je ne peux rien pour toi, on va dire que la saison des médusés va se prolonger encore un peu, mais moi, dès lundi, à Paname, je reprends mon boulot à la Fluviale. Parait que c’est calme en ce moment. Il y en a même qui s’ennuient de moi, Michel y compris. Mais je vais peut-être pouvoir vraiment me reposer. Allez, à tous, « À l’année prochaine ».


Publié le 6 août 2014

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L'auteur

Fredleborgne

Âge : 56 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Niort (79) , France
Profession : Retraité
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