Retour sur la Terre


Avais-je bien retrouvé Perrine ? A la douce chaleur de sa main soyeuse, au frôlement de son bras avec le mien qui se balançaient au fil de notre promenade dans ce début de matinée d’été tiède et parfumée, à la vue de son ventre qui s’arrondissait et qui portait l’avenir, je ne pouvais en douter.
Pourtant, que de fois avais-je fait ces rêves merveilleux où je la serrais dans mes bras, des rêves si vivants que je me croyais dans la réalité. Des rêves, maintenant je le savais, qui étaient le résultat d’un amalgame entre le poids de l’incertitude, l’impesanteur de l’espoir et la force d’un désir partagé porté par les fluides où œuvraient les âmes errantes en pénitence, en quête de reconstruction ou voués à la perdition. Ces âmes, guidés par les esprits du temps - qui veillent aussi bien à ce que les cycles des saisons et de la reproduction se déroulent correctement qu’à ce que s’accomplissent dans nos supports corporels les évolutions en polarité avec celles du cosmos – ces âmes, donc avaient construit entre Perrine et moi un courant télépathique dont nous étions inconscients et qui se déclinait en rêves roses et en cauchemars.
C’est ce qui expliquait qu’au réveil, je me sentais déçu mais pourtant empli de Perrine comme si je l’avais réellement rejointe dans un autre monde.

Le travail des êtres de l’ombre et de la lumière, qui utilisaient les forces de tension entre le vide du cosmos éthérique et la masse de la matière, entre le centre et la périphérie, entre le passé et le futur, structurant chaque instant et chaque forme en évolution, rendaient clair à mon entendement les raisons pour lesquelles je m’étais rendu, il y avait douze ans maintenant, en cette nuit froide de Novembre, au milieu de ce champ labouré pour y méditer. Telle personne non avertie m’aurait pris pour un fou. Mais pas Nathanaël, ce copain d’enfance, déjà initié à tous ces mystères et vers qui m’avaient dirigé ces êtres, ceux qui « savaient ».
Alors, Nath était devenu mon instructeur « clair », il m’avait expliqué les choses que tout homme ordinaire met au rang des illusions, des mythes, des dérangements psychiques ou au mieux, des fantasmes :
Ainsi la rencontre d’un micro trou noir avec la Terre et qui l’avait traversée de part en part n’était ni un hasard, ni une catastrophe. C’était un « outil » - comme l’appelaient les Etres qui vivaient dans les profondeurs de l’écorce terrestre - qui avait creusé une ouverture pour que s’échappe le trop plein d’humeurs maladives provoquées par les méthodes agricoles contre nature. Et ce trou noir n’était pas tombé n’importe où mais dans la propriété d’un homme « en devenir spirituel » , Guillaume D’Achères, comme le lui avaient expliqué ces Etres. La galerie forée par le passage de ce trou noir à travers la Terre avait permis à cet homme la rencontre de ces intra terrestres pour qu’il y reçoive les enseignements et les pouvoirs nécessaires à la réparation de ces désordres.
Ainsi était née Eva, cette transfuge du monde souterrain, fruit de l’union d’un homme et d’une intra terrestre, une « Tlavatlis », vierge préservée des anciennes races atlantes.
Ainsi nous avions fait connaissance avec Guillaume, que nous appelions Bernard L’ermite, car il vivait dans une maison isolée du village sans savoir – ce qu’il nous apprit plus tard en riant – qu’il descendait de Pierre d’Achères connu sous le nom de Pierre L’ermite – facétie des anges ? Mais je devrais plutôt dire qu’il était écrit dans le destin de Guillaume de nous rencontrer, en fonction d’un événement plus essentiel : la rencontre de Perrine et d’Eva, fortuite, nous semblait-il, mais maintenant tout s’expliquait.
Eva avait besoin de Perrine d’abord, puis de Nath pour accomplir son destin.
A la suite des explications de Nath, je comprenais maintenant qu’il existe une loi universelle des énergies qui règle tout : la différence de polarité entre le centre et la périphérie dans tous les sens du terme, dans toutes les déclinaisons sous lesquelles elle se manifeste : matière et vide, froid et chaud, immobilité et mouvement, intérieur et extérieur. Il m’avait expliqué comment la Terre se détruit en son centre pour se recréer à la périphérie par les forces du cosmos qui savent utiliser cette matière.
Alors, la Terre n’avait pas supporté que les hommes interposent entre elle et le cosmos ce filet magnétique destiné à l’agriculture de rendement et c’est pour cela que tous ces évènements extraordinaires s’étaient produits.
Eva, cet ange blond aux immenses yeux bleus s’était uni à Nathanaël, elle était tombée comme enceinte, à sa façon d’ancienne Atlante, mais aucun être n’était né. Elle n’avait pas avorté, son ventre s’était dégonflé et puis Eva était devenue progressivement translucide et finalement, elle s’était évaporée. Nath, ayant rempli sa mission, avait pu retrouver son amour d’avant et une vie normale.
En fonction de tout cela, je comprenais maintenant pourquoi Perrine avait dû disparaître pendant plusieurs années parmi les intra terrestres qui eux seuls pouvaient la soigner de cette minéralisation, de cette densification progressive de son corps, contrepartie de l’humanisation et de l’éthérisation du corps d’Eva. C’était le karma de ces êtres de la soigner. Quant à moi, j’avais « quitté la Terre », je vivais au pays des rêves et des illusions, ce qui avait créé une polarité de sens inverse entre Perrine et moi.
Mais maintenant, tout cela était derrière nous. Elle était remontée guérie et changée, j’étais redescendu, instruit et raffermi dans ma confiance. Nous étions de retour sur la Terre. Nous avions tous deux acquis grâce à ces expériences une sorte de sixième sens : c’est à dire que nous savions qui nous étions l’un et l’autre dans le sens où nous savions qui nous avions été dans des vies antérieures, ce que nous avions fait ensemble ou non, et pourquoi nous devions être mari et femme dans cette vie. Mais nous devions subir ces épreuves avant que cela ne se réalise. Aurions encore des choses à apprendre ? Sûrement, mais pour l’instant, le bonheur de nous être retrouvés et de savoir que nous avions de longues années d’avenir devant nous nous emplissait de plénitude. L’enfant que portait Perrine allait venir à la lumière dans deux mois. Quelle tête aurait-il, ou elle ? Entre un garçon de pure souche celte et une gréco-latine, il n’y aurait pas trop de surprise.

Nous marchions tranquillement. Au bout de la rue, la lune couchante en son dernier quartier semblait nous dire : maintenant, ma mission est finie, je me suis bien occupé de vous, je vais dormir et me renouveler car j’ai d’autres missions.
Au bout de la rue, la lune se couchait. Lorsque nous y arrivâmes, une petite fille sortit de sa cour pour jouer au cerceau dans la rue – ah, le cerceau, ce jeu périmé de notre enfance auquel nous avions joué Perrine et moi étant petits – elle était comme un petit ange avec de longues boucles blondes. Comme elle passait devant nous, elle leva la tête, nous fit un sourire et nous regarda avec ses yeux bleus immenses.


Publié le 6 août 2014

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L'auteur

Francis Vaquette

Âge : 72 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Janville - oise (60) , France
Profession : retraité
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