La clef


LA CLEF

Chacun sa clef autour du cou.
En fer blanc, en or, en diamant, une clef simplement, tout simplement.
Une serrure, une clef, mais pour qui, pour quoi ?
Pour l’ouverture de notre esprit, pour l’espérance de notre cœur.
Chez moi, le plus souvent dans le silence de la nuit, la distillation et le bouillonnement des effets, charme, magie, et mystère.
À mon bureau, dans la lueur blanche du faisceau lumineux, sur l’écran de mon ordinateur, l’apparition de l’imaginaire.
Eux, devant, eux, derrière, sur le lit ou sur le canapé, debout à mes côtés, tous là.
Eux ? Mes personnages, ceux de mon esprit, ceux de mon cœur, ceux de mes souvenirs, les bons, les bêtes, les méchants, des hommes, des femmes, des enfants, tous avec moi, tous en moi.
Seul devant la page blanche, comme le sprinteur calé dans les starting-blocks, le corps tendu, le regard fixé sur la ligne d’arrivée, plus aucune perception du bruit, ni de la foule, ni des cris, plus rien… Seulement les battements de son pouls, flux et reflux du sang à ses tempes, dans l’attente du coup de feu salvateur, et sa propulsion vers l’impossible exploit.
Mes personnages, comme moi, impatients, fébriles, enjoués, diaboliques ou paisibles selon leur destinée. Glissement de la clef dans le pêne, une fois, deux fois, délivrance de mes doigts, et enfin la folie frénétique sur le clavier de mon ordinateur.
La première ligne blanche, les premières lettres, les premiers mots, le noircissement de l’espace, mes personnages avec moi face à leur incroyable histoire.
Leurs yeux écarquillés par l’image de l’écran, atmosphère bizarre, tension, friction, envie, plaisir, déni… « Non pas pour moi le rôle du méchant ! Non, mon suicide, pas maintenant ! À moi l’amour et les amants ! »
Dans ma bulle, les visions, les silences, les voix, les silhouettes, les ombres, les fantômes, apparitions, disparitions au gré de leurs envies, tantôt derrière eux, tantôt à leurs côtés, compagnon de leur parcours, guide dans l’obscur de leur fable.
Page après page, de mots en maux, place à leur souffle, place à leurs vies, pour comme les mousquetaires " Un pour tous et tous pour un vécu, pour un vécu ou plus sûrement une fiction."
Amour, haine, amitié, fraternité, espoir, foi…pour eux, pour nous !
Et moi l’auteur, de l’affection pour tous évidemment.
Paragraphe après paragraphe, évolution, déroulement d’un point d’exclamation, d’une virgule, de trois petits points, et puis plus rien.
Brouillard et lassitude dans les yeux, invasion de la fatigue, la petite clef de nouveau autour du cou, un dernier coup d’œil sur le verrou, paupières closes, à demain pour un prochain épisode.

Gérald Moutet


Publié le 12 mai 2014

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L'auteur

Gérald Moutet

Âge : 67 ans
Situation : Marié(e)
Localisation : Belgentier (83) , France
Profession : retraité _ écrivain
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