Le syndrome de Malcause


Parano sur le plateau. J’arrive, toute l’équipe est plus ou moins masquée. Qui seront les prochaines victimes de la pandémie de Malcause ? Pour ne rien arranger, j’ai une scène de baiser à tourner. Je suis assailli. « le baiser c’est pour la séquence en rétrovision (Flash-back) ? » demande la scripte, fébrile. Là-dessus le premier assistant panique : « L’accessoiriste est pas revenue de sa falbalade (shopping), et la costumière a été victime d’un bracaisse (Car jacking), ils ont tout piqué dans le camion ! ». Et voilà le chef op qui déboule : « Parait que tu veux finalement tourner le baiser, caméra à l’épaule ? Je dis quoi au machinos, de démonter l’imagomobile (Travelling) ? ». Il montre les trente mètres de rails. Et maintenant les acteurs. Maquillés, coiffés, costumés, texte su, Audrey Totillard et Vincent Canel attendent sur leur banc en se tournant le dos. Elle me prend à part, la femme-nuage : « je tourne pas le baiser, mon agent me l’a interdit, pas envie d’attraper la maladie ». La main devant la bouche, comme si j’allais la contaminer d’un sourire. Le producteur américain surgit, un quintal embaumant la violette. « Vincent il est pas malade ! Toi, you don’t want to kiss him because il est gay ! » Un electro lâche sa vanne : “c’est pas grave ici on est tous homopotes (Gay friendly)”. A les entendre je les sais tous contagieux. Sauf moi, je suis clean. Alors j’embrasse passionnément mon actrice, elle me regarde, foudroyée. « Tu as aimé ma gallangue ? (French kiss) »


Publié le 18 juillet 2014

0 vote



L'auteur

Denis Parent

Âge : 66 ans
Situation : Célibataire
Localisation : Ajaccio (20) , France
Profession : Ecrivain, journaliste
Voir la fiche de l'auteur