Article anonyme : TANT QU’IL Y A DE LA VIE, IL Y A DU PROFIT


TANT QU’IL Y A DE LA VIE, IL Y ADU PROFIT !

À condition de garder son sang-froid.

La tentation est parfois plus forte, mais il y a toujours mieux à gagner en ne succombant pas à la colère. Nous l’allons démontrer sans tarder !

Monsieur Pochevin est un homme bien, et il est obsédé par le bien des autres, surtout le mien. C’est pour ça qu’il veut « m’expulser » de la terre de France à tout prix.

J’ai eu la chance de rencontrer monsieur Pochevin au quartier Latin où il vient de temps en temps retrouver des souvenirs de jeunesse. En 68 il était étudiant à la Sorbonne et sur les barricades. « Je suis un soixante-huitard non reconverti m’assure-t-il. »
Il m’avait acheté mon livre – par charité- quand je le vendais encore dans les rues de Paris. C’était peu avant les « évènements » de janvier 2011 en Tunisie. Nous échangeâmes par la suite des courriels où monsieur Pochevin me prodigua des conseils précieux, pas seulement en matière de littérature.

De Didier Pochevin :

« Maintenant je vais vous dire ce que je pense depuis le début de votre situation. Mon conseil : retournez en Tunisie ! En France, à moins que vous ne gagniiez au loto vous avez très peu de chances de vous établir. De plus vous êtes en situation irrégulière, ce qui vous expose à un contrôle de merde. Si vous tombiez dans le filet, le retour au pays manu militari serait plus lourd que de retourner de votre plein gré. Dans les pays candidats à l’immigration on se raconte des histoires sur « l’eldorado ». Les frères qui s’y sont installés mentent au pays d’origine, cachent leurs difficultés. Je connais un Turc qui a réussi son coup en se mariant avec une illusionniste. Après cinq ou six ans, il a réussi à obtenir la nationalité Française et maintenant il divorce ! Et que fait-il en France ? Il porte des parpaings toute la journée alors que chez lui il possédait un cheptel conséquent. Il jongle avec des arrêts maladie bidons, vit dans un appartement à sept ou huit avec quelques paumés comme lui. Vous avec votre intelligence, vos diplômes, votre jeunesse et sans doute cette expérience de la France, vous avez sommes toutes plus de chances de réussir à vous faire une place chez vous qu’ici. De plus vous y avez votre famille. C’est un soutien qui compte. Depuis cette révolution Tunisienne, votre pays est devant un nouvel avenir. C’est le moment de vous y positionner car il y aura pour vous des opportunités à saisir. Je sais qu’un tel retour sera délicat du fait même que vous êtes parti en fanfaronnant, que vous revenez bredouille et que d’aucuns ne manqueront pas de vous railler, de vous reprocher de ne vous être pas battu pour défendre les libertés....Autant de griefs qui s’essouffleront avec le temps. Rien ne vous empêche d’ailleurs de dire que vous êtes allé en fac à Paris et que vous y avez obtenu tel diplôme. Qui vérifiera ? Il y a des cas où il faut laisser sa fierté au vestiaire et ne pas hésiter à bluffer. Dans tous les cas, s’expatrier un temps est enrichissant. Ce n’est pas à vous que je vais rappeler le parcours des intellectuels des siècles passés. J’ajoute que rien ne vous empêchera de continuer à écrire en Tunisie et de publier en France tout en bossant pour bouffer ou, je le répète, prendre une place dans un pays tout neuf (sic). Il vous appartient de décider : ou bien crever à Paris ou bien oser retourner au pays y affronter les sarcasmes d’aucuns. En tous cas sachez une chose : vous serez jalousé pour avoir osé rentrer. Voilà ce que j’eusse voulu vous dire depuis lors, si je vous avais senti à l’écoute. Mais maintenant que vous risquez de bouffer les pissenlits par la racine ...Soyez riche de cette expérience.

Quelqu’un qui vous estime malgré votre petite tête de bois.

D P »

Je me mis à mon clavier la rage au bout des doigts.

« Cher monsieur,

Vous me conseillez de retourner en Tunisie sous prétexte que c’est chez moi. Eh bien allez vous-même construite la Tunisie de demain si ça vous tient tant à cœur. Je ne vais pas abandonner Paris après tout ce qu’il m’a donné. La Tunisie, j’ai déjà donné, vingt-quatre ans de ma vie, en apnée ! Concernant la révolution, je n’en ai rien à cirer, je ne m’appelle pas Marzouki ou Ghannouchi. Je n’ai de pacte qu’avec ma liberté. Je suis un singleton, je n’appartiens à aucun ensemble. Alors monsieur, vous êtes bien gentil mais vos conseils, vous pouvez les mettre là où je pense. »

Au moment de cliquer sur le bouton « envoyer » et couper cette correspondance avec monsieur Pochevin, mon petit dieu me dessina « un mouton ». Et ce « mouton » me disait ceci : Garde ton calme Zénon. Une âme aussi paternaliste et charitable ne mérite pas une réponse pareille. Ce Pochevin, il y a sûrement quelque chose à en tirer. Tu n’es pas pickpocket pour rien. »

Hum, me suis-je dit, ce mouton n’est pas un imbécile. Mon doigt se détourna du bouton « envoyer » et glissa vers la touche « effacer ». Mon diable de mouton me dicta ceci :

« Cher monsieur,

Vous me conseillez de retourner en Tunisie, pensez-vous que je n’y ai pas songé, a fortiori après cette libération inespérée ? Sachez que je ne pense qu’à ça et vos encouragements me mettent du baume au cœur, seulement voilà, vous me connaissez je suis complètement fauché. Vous êtes si bienveillant que je me demande si vous ne pourriez pas me dépanner de quelques sous, ne serait-ce que le prix du billet ? Renter enfin chez moi, retrouver ma terre natale et les miens, grâce à vous.

Que Dieu vous bénisse. »

La réponse de monsieur Pochevin ne tarda pas.

« D’accord, mais promettez-moi que vous rentrerez en Tunisie. »

« Promis. »

Deux jours plus tard je reçus un chèque.

J’envoyai aussitôt un courriel à un cousin au bled, où je lui demandai d’envoyer de ma part une carte postale à l’adresse de monsieur Pochevin.

Quelques mois passèrent. Et un jour je reçu un courriel de mon bon Pochevin.

« Bravo ! Vous y êtes arrivé finalement, je viens de vous voir à la télé. Félicitations ! Vous m’avez bien eu, je me doutais bien que vous étiez resté. Vous avez peut-être eu raison vu comment les choses ont tourné en Tunisie. Je ne vous demande pas de me rembourser. »

Décidément, on n’est jamais mieux que chez les autres !


Publié le 19 octobre 2014

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L'auteur

Théophile Marcelin

Âge : 32 ans
Localisation : ST OUEN (93) , France
Profession : Artiste
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